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24/05/2018

Profession de foi de l’anti-Marguerite

Dans mon précédent billet, je vous ai présenté Marguerite, cette jeune femme qui a renié le Dieu qu'on lui avait enseigné tout au long de son enfance. Mais j'entends certains d'entre vous grommeler: "et l'anti-Marguerite, vous ne nous la présentez pas?" L’équité commande en effet de lui accorder un temps de parole. L’anti-Dieu (c’est-à-dire le diable) ayant pénétré par effraction dans l'appartement de l'anti-Marguerite alors qu'elle était sortie et s'étant plongé sans vergogne dans la lecture de son journal intime, voici ce qu'il a a pu lire, vautré sur le canapé, avec l’anti-ravissement que l’on imagine.


Mon âme magnifie le Seigneur et mon esprit se réjouit en Dieu, mon Sauveur, parce qu'il a porté le regard sur son humble servante” (Luc 1:46-48).

Avec Dieu, je ne suis pas seule [1]. Je ne suis plus abandonnée, isolée, solitaire comme avant. Au sein de mon Église, je vis une vie d’échanges: échanges avec Dieu, échanges avec mes semblables. Je suis à la fois suivie et sauvée. Dieu me guide, me parle, me conseille, me dirige. Et par-dessus tout, il m’aime! En retour, il me demande de l’aimer, ce qui est la moindre des choses (de toute façon, je suis folle de lui!). Il me demande aussi d’aimer mon prochain; et comme il demande à mon prochain de m’aimer, tout le monde est gagnant. L’amour de Dieu, il n’y a rien d’aussi merveilleux. S’il n’existait pas, il faudrait l’inventer!

Avant d’apprendre à connaître Dieu, j’étais plongée dans le désespoir - jusqu’à ce qu’il me fasse comprendre que sans lui, je n’étais rien. Aujourd’hui, je sais que s’il m’avait envoyé cette souffrance, c’était pour me sauver. J’étais en état de manque - manque de tendresse, manque d’affection. Depuis que je me suis rapprochée du Seigneur, que je m’adresse à lui par la prière et fréquente son Église, j’ai retrouvé le sommeil, je n’ai plus besoin de médicaments et je suis heureuse, me sentant en harmonie avec ce monde et cet univers qu’il a créés et qui m’entourent avec tant de chaleur.

Je le sens et le ressens de tout mon être: une force est à l’oeuvre et cette force s’appelle le Seigneur. C’est cette force qui a décidé de ma venue au monde, sans qu’elle eût besoin de me consulter. Et maintenant elle est en moi, profondément ancrée en moi [2].

prayer.jpgAu moyen de la prière, je peux dialoguer avec Dieu quand je le désire. Il ne se contente pas de m’écouter: il me guide par ses réponses. L’autre jour, un ami se disant agnostique essayait de m’expliquer que quand je priais, je ne faisais que conduire un dialogue avec moi-même, avec mon “moi profond”. Il ne croyait pas si bien dire puisque Dieu occupe tous les recoins de mon moi profond, tant il est vrai que mon moi profond est d’essence et d’inspiration divines.

Dieu, c’est l’esprit du monde [3]. Sa force est infinie. Si l’on n’est pas en relation (ou si l’on a perdu le contact) avec cet esprit, avec cette force qui nous a appelés à la vie, nous sommes perdus, égarés, sans repère, sans lumière - effroyablement seuls: c’est le vide, le vide intersidéral, que les médicaments, l’alcool et toutes les drogues du monde ne peuvent pas combler.

En toutes choses, Dieu décide pour moi. Il fait ce qu’il veut. Il n’a pas à me demander mon avis ni à me fournir d’explications. Il a un plan, un plan pour toutes choses, un plan pour chaque être humain. Son plan est antérieur à ma personne et il me survivra. Le plan qu’il a pour moi, je n’ai pas à le discuter: que je le veuille ou non, j’y participe. Le plus sage est de l’accepter, tout comme j’accepte d’avoir été créée sans avoir eu mon mot à dire. À vrai dire, c’est un honneur de participer à cette extraordinaire aventure. Pourquoi ne pas s’en réjouir? Derrière les apparences, sous la surface, je devine que ce plan (tout comme celui qui l’a conçu) est juste et bon. Qu’il a un sens. Qu’il mène quelque part. Pourquoi n’y adhérerais-je pas, pourquoi récuserais-je le rôle qui m’a été dévolu? Celui qui va à l’encontre du plan, du projet de Dieu, refuse le monde et se refuse lui-même. À quoi bon, si c’est pour souffrir? Autant que ma destinée s’accomplisse avec mon accord, si je ne veux pas que ma vie ressemble à un enfer [4]. Recevoir, accueillir Dieu, c’est en même temps accepter d’être inclus dans son plan, consentir au projet qu’il a pour nous [5] et contribuer à son exécution.

Dieu délivre de la peur et de l’angoisse. Il est soleil [6], lumière, force de cohésion et nous sommes comme des ...


Unknown.jpegÀ ce moment précis de sa lecture, le diable entendit une clé tourner dans la serrure: l’anti-Marguerite rentrait chez elle, après une soirée cinéma [7]. Avant qu’elle n’ait eu le temps d’ouvrir la porte, il se précipita dans les toilettes et disparut. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, il emprunta la cuvette des W.-C. pour s’échapper de l’appartement sans être remarqué. Des témoins ont affirmé plus tard avoir vu émerger des boues de la station d'épuration un être hideux muni de cornes, d'une queue fourchue et de sabots.


[1] • “Je ne suis pas seul car le Père est avec moi” (Jean 16:32 in fine; c’est Jésus qui parle).

[2] • “Le royaume de Dieu est au-dedans de vous” (Luc 17:21; c’est Jésus qui parle); • “L'Esprit de Dieu habite en vous” (I Corinthiens 3:16); • “Le Père est en moi” (Jean 10:38 et 14:11; c’est Jésus qui parle).

[3] On ne s’étonnera pas que l’anti-Marguerite appelle monde ce qu’on se serait peut-être attendu à l’entendre appeler anti-monde, ni qu’elle appelle univers ce qu’on se serait peut-être attendu à l’entendre appeler anti-univers: c’est qu’au contraire de Marguerite, elle en est toujours à l’idée qu’il n’existe qu’un seul monde et un seul univers. Cela dit, tout est relatif: d’un côté, Marguerite considère avec raison que son antipartie vit dans l’anti-monde; de l’autre, si l’on inverse la perspective en se mettant à la place de l’anti-Marguerite, celle-ci a des raisons tout aussi pertinentes que Marguerite de considérer que son antipartie (c’est-à-dire Marguerite) vit dans l’anti-monde. Il existe toutefois bel et bien un moment où la ligne de démarcation entre les mondes s’efface et disparaît, un moment d’indifférenciation générale où tous les mondes n’en font plus qu’un et où toutes les Marguerites, anti- ou pas, sont réunies en une seule: c’est celui de la fusion absolue, ce minuscule point fugace contenant tout et rien du tout, passage obligé entre la fin d’une respiration (ou pulsation) cosmique et le début de la suivante.

[4] Forte de ses certitudes, l’anti-Marguerite respire la joie de vivre. Elle resplendit, elle rayonne. Son évident bonheur fait plaisir à voir. Son éternel sourire, sa bonne humeur communicative font que (tout) le monde l’aime, de même qu’elle aime (tout) le monde. Et pourtant, Jésus a dit: “Celui qui aime sa vie la perdra et celui qui déteste sa vie dans ce monde la conservera pour la vie éternelle” (Jean 12:25). Pas de chance. À moins... à moins qu’en remplaçant “ce monde” par “cet anti-monde”, il faille lire: “Celui qui déteste sa vie la perdra et celui qui aime sa vie dans cet anti-monde la conservera pour la vie éternelle”. L’anti-Jésus (l’Antéchrist) a-t-il réellement prononcé cette phrase? Allez savoir [4.1]...

......... [4.1] Il est d’autant plus difficile de le savoir que la réponse à la question soulevée appartient aux domaines de l’anti-réalité et de l’anti-savoir.

[5] Il n’a pas échappé à l’anti-Marguerite (laquelle lit la Bible dans la traduction Segond 21) qu’à la fin de Philippiens 2:13, Paul faisait état d’un “projet bienveillant” de Dieu à l’égard des hommes (la Bible du Semeur traduit même “projet plein d’amour”, alors que La Colombe et quelques traductions vers l’italien utilisent la formule “dessein(s) bienveillant(s)”). Mais la majorité des traducteurs interprètent ce passage (rédigé, comme toutes les épîtres pauliniennes, en langue grecque) de manière fort différente. C’est ainsi que Marguerite, qui n’a pas étudié le grec ancien, a constaté que la dernière partie du verset en cause avait donné lieu à des traductions telles que “pro bona voluntate” (Vulgate), “por su [5.1] buena voluntad” (Reina Valera Contemporánea), “para su [5.1] beneplácito” (Biblia de las Américas), “per il suo [5.1] beneplacito” (La Nuova Diodati), “selon son [5.1] bon plaisir” (chanoine Crampon, David Martin, Louis Segond), “pour son [5.1] bon plaisir” (La Nouvelle Bible Segond), “for his [5.1] good pleasure” (English Standard Version, New American Standard Bible, New King James Version, Revised Standard Version Catholic Edition, Young's Literal Translation), “nach seinem [5.1] Wohlgefallen” (Luther Bibel 1545, Schlachter 1951, Schlachter 2000), “ce qui est conforme à son [5.1] propre plan [5.2]” (La Bible en français courant), “les actions qui lui [5.3] plaisent” (La Bible Parole de Vie), “faire ce qu’il [5.3] veut” (La Bibbia della Gioia; dans le même sens: Traducción en lenguaje actual et Nueva Traducción Viviente). Elle en a déduit que le sens du verset incriminé n’était pas de mettre en exergue un “projet bienveillant” ou un “dessein bienveillant” mais d’insister sur le pouvoir absolu de Dieu, sur son libre arbitre, sur son bon (ou son mauvais) vouloir. À ce sujet, il est intéressant de noter qu’au chapitre 4 de son épître, Jacques fustige ceux parmi les chrétiens qui se permettent d’affirmer “demain je ferai ceci ou cela” sans ajouter aussitôt: “Si Dieu le veut” (verset 15; la formule se retrouve à de nombreuses reprises dans le Coran [voir les versets II:70, VI:111, XII:99, XVIII:24, XVIII:69, XXVIII:27, XLVIII:27, LXVIII:18, LXXIV:56 et LXXXI:29], parfois traduite si Dieu veut ou s’il plaît à Dieu).

......... [5.1] Les adjectifs possessifs “su”, “suo”, “son”, “his” et “sein” se rapportent ici à “Dieu”.

......... [5.2] Le plan de Dieu a été révélé dans notre billet du 16 mai intitulé Le Pari des Douze.

......... [5.2] Les pronoms personnels “lui” et “il” se rapportent ici à “Dieu”.

[6] Les Sumériens, les anciens Égyptiens, les Incas vénéraient le soleil comme un dieu.

[7] Elle est allée assister à une projection du film Secrets et mensonges (comédie dramatique réalisée en 1996 par Mike Leigh).

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Commentaires

En 2002, la Commission théologique internationale a publié un document important sur ce sujet. Le Souverain Pontife pense donc qu’il serait utile de mettre sur pied une Commission officielle pour clarifier la situation. Mais honnêtement, précise encore le Père Lombardi, il n’a jamais dit qu’il avait l’intention d’approuver l’ordination diaconale des femmes et certainement pas l’ordination de femmes prêtres. Au contraire, en ce qui concerne ce dernier point, il a clairement laissé entendre qu’il n’y pensait pas du tout.""

Les monseigneurs -hommes ont inventé les religions à leur profits, la femme étant considérée inférieure. Je suis toujours surpris qu'elles s'agenouille à la hauteur des .ouilles les yeux fermés, les mains jointes, la bouche bée en disant amen aux religieux, lèches bottes des royautés.
Mais bon, il paraît que c'est pour aller au paradis selon les fables royales.

Écrit par : Pierre NOËL | 24/05/2018

Étrange... Peu ou pas de commentaires...
Et pourtant: n'est-elle pas touchante, la profession de foi de cette paroissienne?

Écrit par : Mario Jelmini | 25/05/2018

"En toutes choses, Dieu décide pour moi. Il fait ce qu’il veut. Il n’a pas à me demander mon avis ni à me fournir d’explications. Il a un plan, un plan pour toutes choses, un plan pour chaque être humain. Son plan est antérieur à ma personne et il me survivra."

Les terroristes de tous poils disent et croaent la même chose. C'est la quête du sens qui n'a aucun sens. Produire du sens, donner du sens à notre vie c'est transformer des contraintes en avantages. Certaines sont incontournables. La force de la volonté, la culture et ses rituels permettent d’atténuer les mauvais moments.

La Marguerite devrait se jeter en l'air, boire une coupe de champagne, ça donnerait un nouveau sens à sa vie tristounette d'hallucinée au lieu de se servir de ses deux D.

Écrit par : Pierre NOËL | 27/05/2018

"La Marguerite devrait se jeter en l'air, boire une coupe de champagne, ça donnerait un nouveau sens à sa vie tristounette d'hallucinée au lieu de se servir de ses deux D. -Oubli: dieu et son doigt......

Dix mille excuses, “Si Dieu le veut” (verset 15;"

Écrit par : Pierre NOËL | 29/05/2018

Pierre Noël: il ne faut pas confondre Marguerite et l'anti-Marguerite!
Dans ce billet particulier (voir son titre), j'ai donné pour une fois la parole à l'anti-Marguerite.
La vraie Marguerite, elle, ne mène pas cette vie béate d'hallucinée que vous fustigez. Au contraire: elle ne dédaigne pas une coupe de champagne et se régale volontiers d'une croûte aux champignons...
Vous allez pouvoir faire plus ample connaissance avec cet être hors normes dans mes trois prochains billets, qui lui seront consacrés. Ainsi qu'en a décidé l'ange Gabriel, qui me l'a dicté, le premier de ces trois billets sera mis en ligne à 03.00 heures ce matin (l'heure du loup...).

Écrit par : Mario Jelmini | 30/05/2018

Les commentaires sont fermés.