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30/10/2018

Les mille et un visages de Dieu

M. André Thomann, qui se présente lui-même comme un "vétéran aux neurones chatouilleux", a publié jeudi dernier sur son blog un billet intitulé "DIVERS", que l'on peut lire ici:
http://a-thomann.blog.tdg.ch/archive/2018/10/25/divers-295108.html?c .
Par deux fois j'ai posté, en le signant de mon vrai nom, un commentaire courtois et parfaitement en rapport avec le sujet proposé mais M. Thomann, sans le moindre mot d'explication, s'est abstenu de le publier. C'est sans doute son droit mais sa décision a de quoi surprendre dès lors qu'il n'a pas hésité à mettre en ligne les commentaires que lui ont fait parvenir les trolls notoires que sont M. Maurice Jaccard (qui signe Corto) et Mme Lucette Hayoun-Bessis (qui signe Patoucha), étant précisé que le second commentaire du soi-disant Corto (celui du 28.10) est une fake news alors que le commentaire de la soi-disant Patoucha (du 25.10) est dépourvu de tout intérêt (ce que j'appelle "parler pour ne rien dire"). Le commentaire - mûrement réfléchi - que j'ai adressé à M. Thomann étant d'une autre trempe, j'ai décidé de le publier sous forme de billet sur mon propre blog. Le voici.


Thomann a écrit: "S’il n’y a qu’un dieu, comment expliquer qu’il y a trois monothéismes, sans compter les nestoriens, les dravidiens, les adventistes, les onanistes, les Témoins de Jehova, et réséda et réséda."

La réponse à cette question est simple: Dieu est multi-facettes, il possède de multiples visages. À cet égard, il est comparable à une montagne. Vue d’en bas, la montagne offre mille visages. Elle présente des aspects différents, apparemment sans rapport les uns avec les autres, selon qu’on la contemple depuis le nord, le sud, l’est ou l’ouest. Pour ceux du nord, ses flancs sont escarpés. Pour ceux du sud, ils sont en pente douce. Les uns ne voient que roches et falaises, les autres forêts et pâturages. Tout se passe comme s’il y avait autant de montagnes que de points de vue pour l’observer. Pour gravir la montagne, on peut emprunter mille chemins différents, selon qu’on débute l’ascension par le nord, le sud, l’est ou l’ouest. Aucun chemin n’est identique aux autres. Aucun n’est le seul possible, le seul valable [1]. Tous, ou presque [2], permettent d’arriver au but. valleedejoux-20180511-103.jpgMais tant qu’on n’a pas atteint le sommet, on n’a qu’une vue partielle, on ne voit que d’un côté. Plus on approche du sommet, plus les chemins ont tendance à se rejoindre et la vue à s’élargir. À la fin, tous ceux qui ont mené l’ascension jusqu’à son terme, d’où qu’ils soient partis, se retrouvent au même endroit, avec le même point de vue: que l’on soit monté depuis le septentrion, le midi, l’orient ou l’occident, le panorama est identique. Au pied de la montagne, la réalité n’est pas la même pour tous. Au sommet, il n’y a plus qu’une vérité [3], la même pour tous (“Tout ce qui monte converge inévitablement”, a écrit le Père Teilhard de Chardin). Tout cela serait relativement simple, se disait Marguerite, s’il n’y avait qu’une seule montagne. Mais il en existe une multitude. Des grandes et des petites. Et pas seulement sur Terre mais aussi à la surface des autres planètes. Y aurait-il autant de vérités [4] qu’il y a de montagnes, de planètes et d’univers? La vérité dépendrait-elle du lieu où l’on se trouve [5]? Marguerite avait beau chercher, elle ne trouvait pas de réponse. Une phrase, qu’elle avait une fois lue dans un livre, lui revint en mémoire: “Le sage s’escrime à chercher la vérité alors que l’imbécile l’a trouvée” [6]. L’être humain se console comme il peut de son ignorance...
Et puis, se dit encore Marguerite, même si l’on ne considère que le sommet de la montagne sur laquelle on se trouve, la vérité d’aujourd’hui n’est pas nécessairement la même que celle de hier et la vérité de demain ne sera pas nécessairement la même que celle d’aujourd’hui [7]. Le 15 juillet [8], par exemple, en admettant que le ciel soit dégagé et la visibilité bonne, on pourra distinguer, au creux de la vallée, les bateaux sillonner le lac. Le 15 janvier [8], par contre, en supposant qu’il neige en altitude [9], on ne verra pas les patineurs glisser sur les eaux de ce même lac. Ainsi, la vérité ne dépendrait pas seulement de l’endroit mais aussi du moment...[10]

Pour finir, quelques citations en rapport avec le sujet: images-1.jpeg
• “Mais la sagesse, où la trouver?” (Job 28:12); • “La sagesse (...) se tient au sommet des hauteurs” (Proverbes 8:1-2).
• “L’Éternel dit à Moïse: «(...) et tu te tiendras là, devant moi, au sommet de la montagne»” (Exode 34:1-2); • “Monte au sommet du Pisga, porte tes regards à l’occident, au nord, au midi et à l’orient, et contemple de tes yeux” (Deutéronome 3:27; paroles adressées par l’Éternel à Moïse).
• “Ce n’est pas d’une montagne de ce monde matériel que vous vous êtes approchés (...). Mais (...) vous vous êtes approchés de Dieu” (Hébreux 12:18-23).
• “Et quand vous aurez atteint le sommet de la montagne, vous commencerez enfin à monter” (Khalil Gibran, Le prophète, éd. Casterman, 1956, 30e édition, p. 81).


[1| “Chacun suit son propre chemin” (Joël 2:8).

[2] Car il existe aussi des culs-de-sac, des voies qui ne mènent nulle part, qui s’arrêtent au bord d’un précipice ou qui redescendent dans la vallée. “Certains pensent être sur une voie juste alors que cette voie conduit à la mort” (Proverbes 14:12 et 16:25; autre traduction, choisie par la Bible du Semeur: “Bien des hommes pensent être sur le bon chemin, et pourtant, ils se trouvent sur une voie qui, finalement, mène à la mort”).

[3] “La Vérité est unique (...)” (Évangile apocryphe de Philippe, logion 9c in initio).

[4] “La Vérité est unique mais, en même temps, elle est multiple (...)” (Évangile apocryphe de Philippe, logion 9c).

[5] • “Quelle vérité que ces montagnes bornent, qui est mensonge au monde qui se tient au- delà” (Montaigne, 1533-1592); • “Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà” (Blaise Pascal, 1623-1662).

[6] Citation exacte: “Le sage cherche la vérité tandis que l’imbécile l’a déjà trouvée” (Bernard Werber, Les Thanatonautes, Albin Michel 1994).

[7] • “Vérité dans un temps, erreur dans un autre” (Montesquieu, Lettres persanes, 1721); • “Tous ceux qui veulent dire une vérité avant son heure risquent de se retrouver hérétiques” (Pierre Teilhard de Chardin [1881-1955], L'Apparition de l'homme, Éditions du Seuil, Paris 1956).

[8] Le lecteur est libre de remplacer ici juillet par janvier et janvier par juillet, selon qu’il lui plaît de situer la scène dans l’hémisphère nord ou dans l’hémisphère sud. Car Marguerite ne partage pas le point de vue de Salomon lorsqu’il décrète, dans Proverbes 26:1, que “la neige ne convient pas en été” - une affirmation ressentie comme une provocation par les Offices du tourisme de Bariloche, de Perisher et du Mont Ruapehu.

[9] “Il [le Très-Haut] dit à la neige: «Tombe sur la terre!»” (Job 37:6). Et la neige de tomber. Pas cons, les flocons...

[10] Depuis longtemps - aussi loin qu’elle se souvient - la quête et l’amour de la vérité sont le tourment, le chemin de croix de Marguerite. N’est-ce pas elle, un certain vendredi 14 du mois de nisan, alors qu’elle s’appelait Pilate, qui avait demandé à Jésus: “Qu’est-ce que la vérité?” (Jean 18:38)? Le Carré, citoyen de Flatland, donne un bel exemple de la relativité de la vérité lorsqu’il explique au monarque de Lineland: “Car votre Espace n’est pas le véritable Espace. Le véritable Espace est une Surface Plane; le vôtre n’est qu’une Ligne” (Edwin A. Abbott, Flatland, une aventure à plusieurs dimensions , Denoël, Présence du futur/110, Paris 1998, p. 119; à ce stade du récit, le Carré n’a pas encore reçu la visite de la Sphère et encore moins visité Spaceland). Puis le Carré étant sorti de la Ligne, le Roi de Lineland, ne le voyant plus, croit que son visiteur est mort. “Je ne suis pas mort” , réplique le Carré. “J’ai seulement quitté le Pays de la Ligne, c’est-à-dire la Ligne Droite que vous appelez Espace, et je me trouve dans le véritable Espace, d’où je puis voir les choses telles qu’elles sont en réalité” (p. 120; voilà qui ouvre des perspectives à qui s’interroge sur l’existence d’une vie après la mort).

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Commentaires

L'Evangile de Thomas enseigne que nous sommes vivants issus du Vivant
et lumière issue de la Lumière.

De nous ce qui est terre sera décomposé et retournera à la terre.

Invitation, sans doute, à ne pas nous tromper de priorités.

Oserais-je une suggestion, Mario?

Si vous préparez un nouveau livre pas trop de citations…

Sympa de m'avoir donné de vos nouvelles.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 30/10/2018

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@Myriam B.
L'Évangile de Thomas fait effectivement dire à Jésus que chacun de nous est issu du Vivant (logion 111) et de la Lumière (logion 55). En déduisez-vous que ce qui de nous n'est pas terre ne sera pas décomposé mais retournera au Vivant et à la Lumière?
Est-ce là votre credo?
Mais qu'est-ce qui, selon vous, serait de nous mais ne serait pas terre?

Écrit par : Mario Jelmini | 31/10/2018

M. Mario Jelmini, enfin vous écrivez sur votre blog, chapeau mais c est vous l Editeur donc le Big boss ici!

Pour les mono-théistes, les chrétiens lassent leurs églises et leurs temples qui se vident et se vendent... Les Juifs et les Musulmans, pas s y frotter contre le Dieu de l un que de l autre, bien que mono-théistes, nous dit-on!!.

Mais si Dieu existe vraiment, n aurait il pas autre chose à faire et plus important qu intéressant que de s occuper si les uns et les autres mangeraient du porc ou boiraient du vin...

Il faudrait comprendre que ce n est pas Dieu qui a créé ni l homme ni la Religion mais c est bel et bien l Homme qui les a inventés, à tort ou à raison. Cela perdure depuis des milliers d années donc il y a plutôt une raison assez compréhensive. Par ailleurs, il y a autant de religion que d individus et chacun de ces derniers a sa propre religion et son Dieu. Si la finalité est l amour de l autre et vice versa, n importe est le chemin ou le trajet parcourus ou la religion de chacun.

Bien à Vous.
Charles 05

Écrit par : Charles 05 | 30/10/2018

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Fort intéressant et incroyablement documenté, comme toujours.
En ce qui concerne André Thomann, qui vous répondra peut-être lui-même, je pense que, à son âge (qui est à peu près le mien aussi), il a plus envie de s'exprimer encore devant une auditoire (lectorat maintenant) que de disputer d'idées. Surtout quand elles sont exprimées dans des interventions plus longues que son propre blog.
Quant à vos écrits sur les blogs, ils me paraissent peu propices à des échanges, tant leur niveau d'information est élevé: sur le fond, ils demanderaient éventuellement l'intervention de théologiens, dont les interventions sont très rares ici.
Personnellement ils me plaisent, comme me plaisent toutes les images auxquelles ont recours les chercheurs des diverses "voies" vers la sagesse, la délivrance, la Vérité, tous remèdes enfin pour nos inquiétudes face à la mort et à la disparition de notre monde et de nous-mêmes, y inclus ce qui nous reste de nos efforts, l'amour pour nos proches, lorsque eux-mêmes ne seront plus.
Penser que l'origine de la vie soit le fruit du hasard et que la seule raison et but de la nôtre soit sa perpétuation aussi longtemps que les conditions matérielles sont remplies, reste un scandale beaucoup trop grand pour la majorité d'entre nous. Considérer que nos propres oeuvres artistiques, philosophiques et scientifiques ne sont pas supérieures à celles que la nature a produites et qui la remplacent aujourd'hui de plus en plus vite, assène un grand coup à notre admiration de nous-mêmes.
Il ne nous reste, à nous, les vieux, du moins à ceux d'entre nous qui refusent de vivre dans l'illusion du sens de la vie, qu'à continuer à jouer le jeu de la comédie humaine, avec ce qu'elle a de merveilleux et d'horrible à la fois, en taisant quelques-unes de nos pensées secrètes à nos descendants, leur laissant le temps de faire leurs expériences dans l'apprentissage, avec ou sans illusions ultimes, en leur donnant tout l'amour et le réconfort dont nous sommes capables, au nom de la fraternité qui nous lie tous en tant que sommes condamnés (ou promus, puisque nous aurons remplis notre fonction de perpétuation de l'espèce) au même sort.

Écrit par : Mère-Grand | 31/10/2018

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Un immense merci, Mère-Grand, pour ce poignant témoignage.

Écrit par : Mario Jelmini | 31/10/2018

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