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13/06/2018

Mais où Dieu loge-t-il donc?

Le roi Salomon, qui entretenait des relations privilégiées avec Dieu, entreprit de le faire enfermer, comme il convient de tout individu représentant un danger pour la collectivité. À cet effet, il fit construire à Jérusalem, de 960 à 953 avant J.-C., une prison de luxe appelée “le Temple” (cf. I Rois 8:13 et II Chroniques 6:2: “J’ai achevé de bâtir une maison qui sera ta résidence, ô Dieu, une demeure où tu habiteras éternellement”). Mais l’édifice fut détruit en 587 avant J.-C. par les armées babyloniennes de Nabuchodonosor et Dieu en profita pour prendre la clé des champs. Un second Temple, érigé au début du sixième siècle avant J.-C., après le retour de la captivité, fut remplacé par un troisième, dont la construction, décidée par Hérode le Grand, roi de Judée, débuta aux alentours de 20 avant J.-C. Hélas, comme chacun sait, le nouveau Temple fut rasé par les Romains en 70 après J.- C., en même temps que le reste de la ville. Depuis lors, privé de sanctuaire (le Temple, en effet, n’a jamais été reconstruit [1]), Dieu mène la vie errante des fugitifs et des latitants, prenant mille et une formes et autant de visages, trouvant abri par-ci, asile par-là [2] et refuge par ailleurs, dormant un jour dans une synagogue, le lendemain dans une église et le jour suivant dans une mosquée [3]. Certains, s’appuyant sur I Chroniques 17:3-5 (“La parole de Dieu fut adressée à Nathan en ces mots: «(...) Je n’ai fait d’aucun temple ma demeure, mais j’ai été de tente en tente»”), pensent même que le Seigneur a repris ses anciennes habitudes et qu’il hante les terrains de camping et de caravaning. Bien des gens sont à sa recherche mais personne ne sait à quoi il ressemble, ni qui il est vraiment. La plupart fouillent dans des endroits sombres et lorsqu’on leur demande pourquoi, ils répondent: parce que “l’Éternel a déclaré qu’il habiterait dans l’obscurité” (I Rois 8:12 et II Chroniques 6:1) [4]. Une chose est sûre: “En vérité, tu es un Dieu qui te caches, Dieu d'Israël” (Ésaïe 45:15) [5]. De temps en temps, quelqu’un affirme: «J’ai trouvé Dieu»; mais quand on vérifie, il n’y a que du vent, ou alors une ombre insaisissable. Ce qui a conduit Salomon à s’exclamer: “Mais quoi! Est-il vrai que Dieu habite sur la terre?” (I Rois 8:27) [6]. Or, Salomon “était plus sage qu’aucun homme” (I Rois 4:31) – du moins si l’on en croit son biographe, qui fut sans doute grassement rétribué pour écrire cette énormité [7]. Enhardis par l’interrogation de Salomon, certains sont allés plus loin en se posant sérieusement la question: “Mais quoi! Est-il vrai que Dieu est vivant?”. Pis: d’affreux incrédules, prenant leurs noirs désirs pour des réalités, n’ont pas hésité à proclamer haut et fort: “Dieu est mort!” [8]. Or, le nombre élevé de personnes qui persistent à croire en lui montre à l’évidence que Dieu n’est pas mort et que, dans ce domaine, tout reste à faire.

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[1] On dispose pourtant de plans détaillés en vue de l’édification d’un nouveau Temple. Exposés par Ézéchiel aux chapitres 40 et ss. de son livre, ces plans offrent l’avantage de répondre en tous points à la volonté du Dieu très saint. Celui-ci a d’ailleurs indiqué, commentant ce projet grandiose: “Voici l’emplacement de mon trône, l’endroit où se posera la plante de mes pieds. C’est là que j’habiterai pour toujours, au milieu des enfants d’Israël” (Ézéchiel 43:7, qui complète Ézéchiel 37:27 : “Ma demeure sera parmi eux [les enfants d’Israël]; je serai leur Dieu et ils seront mon peuple” [1.1).La question reste d’actualité: à quand - et par qui - la réalisation de cette nouvelle - et ultime - maison du Seigneur? Car l’intéressé a fait savoir qu’étant las de la vie de bohème et aspirant à prendre sa retraite - une retraite aussi éternelle que méritée, faut-il le préciser -, il désirait passer le reste de sa vie en savourant, dans les murs de son palais, la joie, le romantisme et la simplicité des holocaustes et autres sacrifices de taureaux, de boucs, de béliers et d’agneaux (cf. Ézéchiel 43:19, 43:22-23, 43:25, 45:18, 45:21-25, 46:4-7 et 46:13) qui faisaient jadis ses délices, allant jusqu’à désigner à l’avance les prêtres qui seraient autorisés, tout “de lin” vêtus (y compris les “caleçons”, cf. Ézéchiel 44:17-18), à le “servir” (Ézéchiel 44:15-16), à effectuer les aspersions de sang (cf. Ézéchiel 43:18 in fine) et à lui “offrir la graisse et le sang” (Ézéchiel 44:15 in fine) des bêtes abattues. Tout cela devant avoir pour cadre cette bonne vieille ville de Jérusalem (Jérémie 3:17 : “En ce temps–là, on appellera Jérusalem «Le trône de l’Éternel»” [1.2]) [1.3].

Il ne faudra pas s’étonner si, un de ces jours, l’Éternel pique une de ces colères dont il a le secret parce qu’on ne lui aura pas encore reconstruit le home, sweet home que, par la voix du prophète, il réclamait déjà il y a deux mille six cents ans et qui fut plusieurs fois détruit au cours des siècles, en dernier lieu par les Romains [1.4]. À moins, bien entendu, que les visions d’Ézéchiel, de Jérémie et de Jean l’Apocalypsien, loin d’être d’inspiration divine, n’aient été que le fruit de leur imagination délirante.

......... [1.1] Un peu plus d’un demi-siècle après la mort de Jésus, Jean l’Apocalypsien confirmera le prophète Ézéchiel: • “J'entendis une voix forte venant du ciel, qui disait: «Voici le tabernacle [1.1.1] de Dieu parmi les hommes! Il habitera avec eux, ils seront son peuple et Dieu lui-même sera avec eux»” (Apocalypse 21:3); • “Le trône de Dieu et de l'Agneau [lire: Jésus] sera dans la ville [lire: Jérusalem]; ses serviteurs lui rendront un culte et verront son visage” (Apocalypse 22:3-4).

.................. [1.1.1] Dans de nombreuses traductions (Traduction Oecuménique de la Bible / 2010, Conferenza Episcopale Italiana, Nueva Versión Internacional, La Palabra, World English Bible, Revised Standard Version, etc.) on trouve “la demeure” en lieu et place de “le tabernacle”.

......... [1.2] Trente chapitres plus loin, le même prophète affirme que Jérusalem portera le nom de "«L'Éternel est notre justice»" (Jérémie 33:16).

......... [1.3] À moins que l’équipe de pasteurs et de théologiens dirigée par l'exégète Frédéric Godet (1812-1900) n’ait vu juste en situant le nouveau Temple quelques dizaines de kilomètres au nord de Jérusalem: “Il nous paraît hors de doute que la situation de la contrée de Silo et Béthel répond seule aux conditions de l'emplacement désigné. Il suffit d'un coup d'oeil sur la carte de la Terre Sainte pour se convaincre que cette localité est le centre topographique du pays (tel qu'Ezéchiel l'a délimité), aussi bien dans la direction du nord au sud que dans celle de l'ouest à l'est” («http://www.levangile.com/Bible-Annotee-Ezechiel-48.htm#notes», note ad versets 15 à 19). Ézéchiel 48:35 précise que “le pourtour de la ville fera neuf kilomètres et, dès ce jour, le nom de la ville sera «l'Éternel est ici»”.

......... [1.4] On s’en voudrait de ne pas mentionner ici un épisode assez mal connu. Soixante ans après la destruction du Temple de Jérusalem par les armées de Titus, un juif nommé Siméon Ben Koziva, plus connu sous son surnom de Bar Kokhba
(qui signifie “Fils de l'Étoile”), se mit en tête, avec quelques autres, de reconstruire le Temple. Il organisa une armée, instaura un état juif indépendant en terre de Judée et livra bataille aux Romains, anéantissant avec ses hommes une légion entière. Il fallut aux Romains trois ans (132 à 135) et le recours à douze légions (certaines venues de Bretagne et du Danube) pour venir à bout de la révolte (source: «http://www.marianne.net/Les-plus grandes-erreurs-de-l-histoire_a230294.html»). “À la suite de l'écrasement de cette révolte, l'empereur Hadrien ordonne la destruction de la totalité de Jérusalem, celle-ci est rasée et le gouverneur romain passe symboliquement une charrue sur son espace. Hadrien fait bâtir une ville grecque sur ces ruines, d'une dimension plus petite que l'ancienne cité de Jérusalem et la nomme Colonia Aelia Capitolina. Il fait construire des temples païens sur les lieux de pèlerinage. Les Juifs sont alors interdits de cité dans la ville et dans ses environs, sous peine de mort, jusqu'à l'empereur Antonin le Pieux” («http://fr.wikipedia.org/wiki/Temple_de_Jérusalem», état au 5 août 2013; Antonin le Pieux régna de 138 à 161, alors que l’Empire romain était à son apogée) [1.4.1]. Cet épisode est révélateur de la mentalité du Tout-Puissant: d’un côté, il réclame la construction d’un Temple où il puisse venir définitivement s’installer au milieu de son peuple et de l’autre, quand ses fidèles décident de s’atteler à la tâche, il les en empêche en faisant s’abattre sur eux tous les malheurs de la terre.
Il faudrait qu’il sache ce qu’il se veut, le vieux.

.................. [1.4.1] Comme on le sait, Jérusalem fut conquise en 638 par des armées venues d’Arabie et la Mosquée Al-Aqsa fut érigée sur les ruines du temple juif.

[2] On imagine ce pauvre Éternel faisant du porte à porte et quémandant: “Pitié, mon bon seigneur! Je suis sans logis! Dieu n’a-t-il pas dit, en Ésaïe 58:7 : «Offre l’hospitalité aux malheureux sans asile»?”.

[3] On relèvera, en passant, que lorsque “David avait dit: «L’Éternel, le Dieu d’Israël, (...) demeurera à Jérusalem pour toujours»” (I Chroniques 23:25; dans le même sens: Psaumes 132:13-14), ce n’est pas seulement le doigt qu’il s’était fourré dans l’oeil jusqu’à l’omoplate, mais un fétu gros comme une poutre. Comme quoi les hommes, prophètes compris, seraient bien inspirés de ne jamais dire “pour toujours”, ou “éternellement”, ou “à jamais”.

[4] Psaumes 97:2 confirme, en parlant de l’Éternel, que “des nuées sombres et l'obscurité l’environnent”. De son côté, I Timothée 6:16 affirme que Dieu “habite une lumière inaccessible” [4.1]. Certains en ayant déduit que le Seigneur était lui-même inaccessible, ils ont cessé de le chercher. Ce qui a le don d’exaspérer les obscurantistes et complique la tâche de ceux qui cherchent à y voir clair.

......... [4.1] Ainsi Dieu, qui “habite une lumière inaccessible” (comme le dit Paul), habite en même temps “dans l’obscurité” (I Rois 8:12 et II Chroniques 6:1). Si pour un non croyant, cela peut paraître incohérent, un croyant vous expliquera que tout devient clair quand on prend connaissance des versets suivants: • “Les ténèbres ne sont pas obscures, la nuit brille comme le jour, les ténèbres sont pareilles à la lumière” (Psaumes 139:12; corollaire: la lumière est pareille aux ténèbres, le jour est aussi sombre que la nuit et la lumière n’est pas claire); • “La lumière est semblable aux ténèbres” (Job 10:22); • “Malheur à ceux (...) qui changent les ténèbres en lumière et la lumière en ténèbres” (Ésaïe 5:20); • “La lumière luit dans les ténèbres” (Jean 1:5); • “La lumière sera obscurcie par d’épaisses nuées” (Ésaïe 5:30 in fine); • “Il [l’Éternel] la réduira [la lumière] en obscurité profonde” (Jérémie 13:16).
Si l’on admet, comme l'enseigne Matthieu 20:16, que "les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers" [4.1.1], il n’est pas difficile de prévoir que la lumière sera les ténèbres et que les ténèbres seront la lumière. C’est ainsi que Méphistophélès, Prince des Ténèbres, sera promu au rang de Prince de la Lumière, tandis que l’actuel Dieu de lumière (cf. I Jean 1:5) sera plongé à son tour dans les ténèbres. Déjà, on entend s’élever la clameur populaire: “Vive Lucifer au plus haut des cieux, l’Ange de lumière a terrassé Dieu!” (variante: “nous a délivrés de Dieu”). Et il ne se trouvera plus personne pour vendre son âme au diable puisque tout le monde la lui offrira de bon coeur.

.................. [4.1.1] Une perspective qui rend fort aise le lièvre de la fable, dont on connaît la devise: “Rien ne sert de partir à point, ni d’ailleurs de courir”. De se hâter, même lentement, dame tortue a eu grand tort; ce péché d’orgueil lui vaudra mille morts. Car, comme chacun sait, le tort tue.

[5] Dans Ésaïe 57:17, le Très-Haut (57:15) confirme: “Dans mon indignation, je me suis caché” (ou: “j’ai caché ma face”).

[6] Dans II Chroniques 6:18, on trouve cette formulation encore plus explicite: “Mais quoi! Est-il vrai que Dieu habite avec l’homme, sur la terre?”. Selon II Chroniques 2:6 (dans le même sens: I Rois 8:27 et II Chroniques 6:18), Salomon aurait ajouté: “Les cieux, même les cieux des cieux, ne sauraient le contenir” [6.1]. Et de se demander (II Chroniques 2:6): “Qui suis-je, pour lui construire un temple?” .

......... [6.1] C’est sans doute en raison de cette impossibilité pratique que le Psaume 113 situe la divine demeure au-delà des cieux: “Il habite dans des lieux très hauts, et il s’abaisse pour voir le ciel et la terre” (versets 5-6) [6.1.1]. Il paraît donc acquis que l’Éternel a planté sa tente au-dessus du ciel [6.1.2] et qu’il sera difficile d’aller l’y déloger. Quant à savoir, à ces hauteurs inatteignables pour l’être humain, s’il fait clair ou s’il fait sombre, les avis divergent. Le roi David était de l’opinion que, pour Dieu, “les ténèbres ne sont pas obscures, la nuit brille comme le jour, les ténèbres sont pareilles à la lumière” (Psaumes 139:12); mais cette théorie ne résout pas le problème puisqu’elle est aussitôt neutralisée par son corollaire, qui s’impose avec la même douteuse évidence: la lumière est pareille aux ténèbres, le jour est aussi sombre que la nuit et la lumière est loin d’être claire. Quant à la célèbre réplique de Rodrigue: “cette obscure clarté qui tombe des étoiles” (Pierre Corneille, Le Cid, acte IV, scène 3), elle n’a pas contribué à éclaircir le débat.
Psaumes 148:4 permet de se faire une idée plus concrète de l’habitat occupé par l’Éternel en orientant les recherches vers les “eaux qui [sont] au-dessus des cieux” (ou, selon une traduction plus libre, les “océans suspendus au-dessus des cieux”). Il ne s’agit point là d’une théorie farfelue imaginée par le psalmiste mais d’une émanation de Genèse 1:6-8, qui enseigne: “Dieu dit: «Qu'il y ait une étendue entre les eaux, et qu'elle sépare les eaux d'avec les eaux». Dieu fit l'étendue, et il sépara les eaux qui sont au-dessous de l'étendue d'avec les eaux qui sont au-dessus de l'étendue. Et cela fut ainsi. Dieu appela cette étendue «cieux»” [6.1.3]. La question qui se pose dès lors est: Dieu ayant établi son campement au-dessus de “l’étendue” (c’est-à-dire au-dessus des cieux, donc dans l’eau), est-il amphibie [6.1.4] ou bien a-t-il simplement les pieds dans l’eau? [6.1.5] Logiquement, la réponse à cette question devrait aussi valoir pour ses anges. Le fait qu’on n’ait jamais vu ou entendu parler d’anges munis de nageoires ou de branchies constitue assurément un indice. Mais qui est vraiment désireux (et surtout: n’a pas peur) de découvrir la vérité doit prendre encore davantage de hauteur; c’est alors qu’une solution se dessine: celle d’un univers composé d’un empilement où chaque couche “eaux” serait suivie d’une couche “cieux”, indéfiniment [6.1.6]. Avec, par-ci par-là, des bouts de “terre” émergeant des eaux (cf. Genèse 9-10). Mais alors, se sont interrogés certains, que viennent faire, dans tout ça, les nuages qui obscurcissent le ciel? La Bible, comme toujours, donne la réponse: “Les nuées sont la poussière de ses pieds” (Nahum 1:3 in fine). Ainsi, les nuages étant constitués de particules d’eau très fines, on en conclut que quand Dieu marche, il marche sur l’eau. Une preuve indéniable de la filiation divine de Jésus puisque celui-ci se plaisait à traverser les lacs à pied [6.1.7], faculté qui fait cruellement défaut au commun des mortels [6.1.8].

.................. [6.1.1] On mesure à quel point il était puéril et illusoire de vouloir faire tenir Dieu dans un tabernacle ou l’enfermer dans un Temple. Luc, s’appuyant sur Ésaïe 66:1, le déclare d’ailleurs formellement en Actes 7:48-49 : “Le Très-Haut n'habite pas des édifices construits par la main de l’homme; comme dit le prophète: «Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied. Quel genre de maison pourriez-vous me bâtir, dit le Seigneur (...)?»”. Et saint Paul de confirmer: “Dieu, qui a fait le monde et tout ce qui s'y trouve, et qui est le Seigneur du ciel et de la terre, n'habite pas dans des temples bâtis de mains d'hommes” (Actes 17:24).

.................. [6.1.2] “Au-dessus du ciel (...) apparaissait une forme de trône, semblable par son aspect à un saphir, et sur cette forme de trône apparaissait quelqu’un dont l’aspect ressemblait à celui d’un homme” (Ézéchiel 1:26; deux versets plus loin, on comprend que le trône dont parle le prophète est celui de l’Éternel).

.................. [6.1.3] À en croire la Genèse, les eaux ont donc précédé les cieux. Voilà qui permet de dégager au moins une certitude: à la question «où Dieu logeait-il au premier jour, avant qu’il ne crée les cieux (le deuxième jour [6.1.3.1]) et la terre (le troisième jour [6.1.3.2])?», une seule réponse possible: «dans l’eau» [6.1.3.3]. C’était l’époque de Dieu-poisson, dont le souvenir donne lieu, chaque premier avril, aux joyeuses célébrations que l’on sait. Car le premier avril est une fête religieuse, il convient de ne pas l’oublier.
Genèse 3:19 (prolongé, entre autres, par Psaumes 22:16, 90:3 et 104:29, par Job 10:9, par Ecclésiaste 3:20 et 12:7 [ou 12:9, selon la numérotation adoptée], ainsi que par de nombreux versets du Coran) affirme que l’homme est issu de la poussière (ou: de la terre) et qu’il retournera à la poussière (ou: à la terre). À partir de là certains non-conformistes, à la fois non-juifs, non-chrétiens et non-musulmans, convaincus que le dieu des juifs, des chrétiens et des musulmans n’était ni éternel, ni immortel, ni quoi que ce soit, se sont crus autorisés à affirmer que Dieu, né de l’eau et dans l’eau, était destiné à y retourner pour y affronter sa propre mort. Affaire à suivre, comme on dit.
........................... [6.1.3.1] Cf. Genèse 1:6-8.
........................... [6.1.3.2] Cf. Genèse 1:9-13.
........................... [6.1.3.3] L’existence de cette eau primordiale permet de mieux comprendre cette assertion de l’épistolier: “Ils [les cieux et la terre] périront mais toi [Dieu], tu subsistes” (Hébreux 1:11; là où l’on trouve généralement “tu subsistes” ou ”tu demeures”, la Bible Martin a choisi de traduire “tu es permanent”). Car l’eau est inépuisable. Petite question: à supposer que l’eau soit changée en sang, Dieu continuera-t-il à subsister?

.................. [6.1.4] Cette hypothèse a été vigoureusement critiquée. Selon ses détracteurs, si Dieu était amphibie, alors l’homme le serait aussi puisque Dieu, le sixième jour, l’a créé à son image. Or chacun sait que si la grenouille, par exemple, est amphibie, l’homme, lui, ne l’est pas. À partir de ce double constat et puisque personne ne prétend que la grenouille a été créée à l’image de Dieu, force est d’admettre que celui-ci n’est pas amphibie. Certains ont cru bon de faire remarquer que l’homme avait inventé le scaphandre, ce qui le rend amphibie à volonté. Mais cela ne prouve pas que Dieu soit scaphandrier à ses heures. Car non seulement Dieu n’est pas à l’image de l’homme mais surtout il est tout-puissant. Il n’a donc pas besoin de scaphandre pour être amphibie. Et qu’on ne vienne pas insinuer que Dieu, créature aquatique à l’origine, se serait ensuite adapté à la vie céleste en vertu de la théorie de l’évolution des espèces.

.................. [6.1.5] Il faut mentionner ici le début du troisième verset du Psaume 104, qui est d’interprétation difficile; selon la traduction adoptée par la Bible des Témoins de Jéhovah, Dieu “bâtit ses chambres hautes avec des poutres dans les eaux”. Jéhovah ferait cela les doigts dans le nez mais beaucoup pensent que ses Témoins de Jéhovah se fourrent le doigt dans l’oeil.

.................. [6.1.6] • On voudra bien imaginer cet empilement comme étant courbe, au point d’être circulaire sur un plan et sphérique dans l’espace [6.1.6.1]. • Selon Le Coran II:29 et LXXI:15, le ciel serait organisé en sept cieux superposés. À noter que l’univers comportait déjà sept cieux dans la cosmologie babylonienne.

........................... [6.1.6.1] Thalès de Milet (~625-~547 av. J.-C. [6.1.6.1.1]) s’imaginait la terre comme un disque plat (ou à peu près plat) [6.1.6.1.2], posé sur l’eau. C’est en accord avec cette antique conception qu’Ésaïe 40:22 parle de Dieu comme de “Celui qui trône sur le disque de la terre” (autres traductions rencontrées: “Celui qui est assis au-dessus du cercle de la terre”, “Celui qui siège au-dessus de l’horizon terrestre”). De même, si Zacharie 9:10 in fine et Michée 5:4 in fine (ou 5:3 in fine, selon la numérotation adoptée) ont évoqué les “extrémités de la terre” [6.1.6.1.3], c’est qu’ils croyaient que celle-ci était un disque plat.
.................................... [6.1.6.1.1] Pour mémoire, la captivité des Juifs à Babylone commence en 587 et s’achève en 538.
.................................... [6.1.6.1.2] La sphéricité de la terre ne sera reconnue qu’à partir de Platon (~427-348/347) et surtout d’Aristote (384-322). À noter que depuis Newton (1642-1727) la terre n’est plus tout à fait ronde puisqu’elle est boursouflée à l’équateur et aplatie aux pôles.
.................................... [6.1.6.1.3] Selon les traductions, on rencontre “limites” ou “confins” au lieu de “extrémités”. La Vulgate traduit la fin de Zacharie 9:10 par “ad fines terrae” et la fin de Michée 5:3 ou 5:4 par “ad terminos terrae”.
Dans la traduction Louis Segond de la Bible, l’expression “extrémités de la terre” apparaît trente-neuf fois, dont quatre dans le Nouveau Testament: Matthieu 12:42 et Luc 11:31 (Vulgate: “a finibus terrae”), ainsi que Actes 1:8 in fine (Vulgate: “ad ultimum terrae”) [6.1.6.1.3.1] et Actes 13:47 in fine (Vulgate: “ad extremum terrae”).
............................................. [6.1.6.1.3.1] Dans ce verset, la personne qui fait référence aux “extrémités de la terre” n’est autre que Jésus, fils de Dieu et Dieu lui-même aux yeux des chrétiens.

.................. [6.1.7] Beaucoup pensent que si Jésus marchait sur l’eau, c’est qu’il ne savait pas nager. Mais cela n’explique pas comment il s’y prenait pour se déplacer à la surface des flots. En fait, l’explication est simple: Jésus avait tellement multiplié les poissons que le lac en était rempli à ras bord; d’où cette impression que le Nazaréen marchait sur l’eau alors qu’en réalité il marchait sur des poissons. Et pour peu que deux gros poissons se présentent sous ses pieds, il était en mesure de se faire conduire d’une rive à l’autre sans même avoir à faire un pas. La question de savoir pourquoi Pierre commença à s’enfoncer quand il essaya de rejoindre Jésus sur les flots (cf. Matthieu 14:27-32) fait l’objet de controverses. Matthieu 14:30 donne deux indices: “le vent était fort” et “Pierre eut peur”. Dans ces circonstances on peut supposer que Pierre, n’ayant ni les aptitudes ni l’entraînement de Jésus, communiqua sa frayeur aux poissons qui le supportaient. Ceux-ci se mirent alors à faire des écarts, ce qui se traduisit par une instabilité accrue sous les pieds de l’apôtre, lequel fut pris de panique au point d’appeler son Maître au secours, perdant de vue que celui-ci ne l’aurait jamais invité à le rejoindre s’il y avait eu le moindre risque. Il y a tout lieu de penser que si n’importe quel autre disciple se trouvant dans la barque (cf. Matthieu 14:22) avait été à la place de Pierre, il se fût montré moins craintif et plus dégourdi et n’aurait pas eu besoin de réclamer de l’aide. D’ailleurs, la Bible ne dit pas que les autres disciples n’ont pas marché sur l’eau, elle dit seulement que Pierre ne s’est pas montré à son avantage dans cet exercice [6.1.7.1].

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Si l’on considère le fait de marcher sur l’eau comme un miracle, est-ce qu’un paquebot qui fluctuat nec mergitur en transportant trois mille passagers n’en constitue pas un, lui aussi? Et que dire de la faculté qu’ont les sous-marins de se déplacer sous l’eau aussi bien qu’en surface? Que dire encore de ces avions de ligne survolant les océans avec trois cents personnes à bord? Et de ces hommes qui sont allés marcher sur la lune? Et de ces robots, conçus et fabriqués sur terre, qui sillonnent la surface de Mars? Comme si tout cela allait de soi. Les hommes ont parfois une curieuse manière de s’étonner de telle ou telle chose et de considérer telle ou telle autre comme naturelle.
Si Prométhée avait eu le pouvoir de marcher sur les eaux, il en aurait disposé comme il le fit du feu: en en faisant cadeau aux hommes. Mais n’est pas Prométhée qui veut. À la décharge de Jésus, il faut admettre que les hallucinations de ses disciples et les hyperboles de certains rédacteurs des Évangiles ne lui sont pas imputables. Le lecteur avisé ne s’y est d’ailleurs pas trompé: si les apôtres ont pu avoir l’impression que Jésus venait à leur rencontre en marchant sur les flots, c’est que:
- une équipe de costauds avait ramé ferme dans une autre barque pour permettre à Jésus de rattraper ses compagnons partis avant lui [6.1.7.2];
- au moment où la seconde barque arriva à la hauteur de la première, Jésus se tenait debout (il s’était logiquement levé puisqu’il s’apprêtait à changer d’embarcation);
- l’obscurité et la hauteur des vagues [6.1.7.3] cachaient la seconde barque aux yeux des occupants de la première, laissant à peine entrevoir Jésus debout. Cela s’appelle une Illusion d’optique (selon Marc 6:49 et Matthieu 14:26, les disciples crurent qu’ils avaient affaire à “un fantôme”). Et le fait que Pierre se soit mis à couler quand il voulut rejoindre le boss s’explique de lui-même.
Les hommes d’Église ne croient pas un instant à l’histoire de Jésus marchant sur les eaux. Et pourtant, ils laissent leurs paroissiens y croire. Cela s’appelle un mensonge par omission.
Les bouddhistes sont plus honnêtes. Ils appellent une légende une légende: “Une légende bouddhiste, bien antérieure à la naissance du Christ, raconte qu'un moine qui se rend chez son maître traverse une étendue d'eau en pensant au Bouddha. Lorsqu'au milieu de sa traversée il cesse d'y penser, il commence à couler; il réactive alors la pensée du Bouddha et parvient à l'autre rive” («http://www.ieschoua.org/matthieu%20V/marche_sur_eau.htm»).
Le dernier mot à Nhat Hanh, moine bouddhiste vietnamien né en 1926: “Le miracle n'est pas de marcher sur l'eau, il est de marcher sur la Terre verte dans le moment présent et d'apprécier la beauté et la paix qui sont disponibles maintenant” (La Paix en soi, la paix en marche, éditions Albin Michel, 2006).

........................... [6.1.7.1] On comprend mieux maintenant pourquoi Jésus avait donné le nom de Pierre à son disciple (qui se prénommait en réalité Simon) [6.1.7.1.1]: il le savait prédestiné, si ce n’est à couler à pic, du moins à s’enfoncer dans l’eau comme un vulgaire caillou.
.................................... [6.1.7.1.1] Cf. Marc 3:16, Luc 6:14 et Jean 1:42.

........................... [6.1.7.2] Ici, une question se pose: pourquoi les disciples étaient-ils partis avant Jésus? Marc 6:46 et Matthieu 14:23 expliquent que Jésus était allé sur la colline pour y prier à l’écart. Voyez comme le bon Dieu a bon dos! En réalité, Jésus s’était rendu sur les hauts de la ville pour y chercher l’inspiration auprès d’une égérie exerçant le plus vieux métier du monde [6.1.7.2.1]. C’est pour cette raison, d’ailleurs, qu’il était venu de ce côté-ci (à l’est) du lac; et c’est sans doute aussi pour cette raison que Luc a préféré ne pas souffler mot de cette histoire dans son Évangile.
Cela dit, une autre question vient se greffer sur la première: pourquoi Jésus a-t-il menti aux apôtres en leur faisant croire qu’il allait prier sur la colline? Comme bien on s’en doute, c’était avec une intention louable. On peut même dire que ce fut par pure bonté d’âme, de sorte qu’il est fortement exagéré d’accuser Jésus de mensonge dans cette affaire (ou alors, il faudrait parler d’un pieux mensonge). Car si le Maître préférait rester discret au sujet de certaines de ses fréquentations, il avait une excellente raison: éviter que l’apôtre Jean ne pique une de ces crises de jalousie dont il avait le secret, lui qui revendiquait le statut de “celui que Jésus aimait” (Jean 13:23, 20:2, 21:7 et 21:20). Or Jésus, c’est bien connu, aimait son prochain comme lui-même, sans distinction de sexe, de race ou de religion.
.................................... [6.1.7.2.1] C’est l’occasion de dire que Jésus, fils d’une vierge patentée, n’est certainement pas lui-même demeuré vierge jusqu’à sa mort, sinon les auteurs néo-testamentaires (Matthieu et Luc en tête) n’auraient pas manqué de le clamer sur les toits et le Vatican d’en faire un dogme.

........................... [6.1.7.3] Cf. Jean 6:17-18 : “Il faisait déjà nuit et Jésus ne les avait pas encore rejoints. Le vent soufflait avec violence et le lac était agité” (sans doute les esprits étaient-ils aussi agités que le lac). Matthieu 14:25 et Marc 6:48 situent l’épisode “à la [ou vers la] quatrième veille de la nuit”, c’est-à-dire après trois heures du matin.
Mais c’est probablement Jean 6:21 qui livre le fin mot de l’histoire: Jésus marchait non pas sur l’eau mais bien sur la rive (peut-être avait-il les pieds dans l’eau) puisqu’ “au même moment [c’est-à-dire au moment où ils crurent voir Jésus marcher sur l’eau], ils [les disciples dans leur barque] touchèrent terre à l'endroit où ils voulaient aller” (traduction Bible du Semeur). Jésus avait tout simplement loué une autre embarcation, plus rapide, pour traverser. Comme il était arrivé à destination avant ses compagnons, il entreprit de les attendre sur le rivage [6.1.7.3.1]. Et quand enfin il vit poindre leur barque, il se mit à marcher dans la direction où ils allaient débarquer.
.................................... [6.1.7.3.1] Comme il est écrit en Jean 21:4, dans un contexte à la fois comparable et non moins rocambolesque: “Déjà le jour commençait à se lever, et voici: Jésus se tenait debout sur le rivage” (traduction Bible du Semeur).

.................. [6.1.8] On trouve “des épisodes miraculeux de marche sur les eaux dans différentes religions, en particulier dans des textes bouddhistes, des légendes hindoues, la légende de Huang-Po, les légendes d’Orion, l’Énéide de Virgile et plusieurs mythes d’origine américaine” (tiré de «https://en.wikipedia.org/wiki/Walking_on_water», état au 28 mars 2013). Jésus semble donc n’avoir été ni le seul, ni le premier à avoir trouvé le truc.

[7] Il vaut la peine de reproduire ici le passage dans son entier, pour montrer à quel point un biographe peut être amené à caresser son commanditaire dans le sens du poil: “Dieu donna à Salomon la sagesse, une très grande intelligence et une étendue d’esprit aussi vaste que les plages de sable qui sont sur le bord de la mer. La sagesse de Salomon surpassait la sagesse de tous les Orientaux et toute la sagesse des Égyptiens. Il était plus sage qu’aucun homme, plus sage que (...)” (I Rois 4:29-31). En résumé, “la sagesse de Dieu était en lui pour le diriger” (I Rois 3:28). Mais Salomon, malgré toutes ses belles qualités, n’était pas immortel. Son biographe non plus. Aussi n’y a-t-il pas lieu de s’étonner si I Rois 12:1-4 et II Chroniques 10:1-4 rapportent qu’aussitôt Salomon passé de vie à trépas, le peuple se rassembla pour se plaindre de ce que le défunt les avait “chargés d’un joug pesant” et maintenus dans une “rude servitude” [7.1]. À l'image du Dieu adopté par les juifs et repris (moyennant quelques retouches) par les chrétiens et les musulmans, qui maintient les hommes dans la servitude en leur imposant son joug pesant...

......... [7.1] Toute analogie avec des poids lourds de l’histoire moderne ne ferait que confirmer le vieil adage: “il n’y a rien de nouveau sous le soleil” (Ecclésiaste, chapitre 1, verset 9).

[8] • “L'insensé dit en son coeur: «Il n'y a point de Dieu!»” (Psaumes 14:1 et 53:1 ou 53:2, selon la numérotation adoptée); • “Il n’y a pas de Dieu!... Voilà toute sa pensée” (Psaumes 10:4).

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09/06/2018

Une teigne

Fiction, projection, animisme, anthropomorphisme [1] - les hommes ont inventé les dieux (Xénophane l’affirmait déjà, cinq cents ans avant J.-C.).
Et Dieu? Est-ce Dieu qui a créé l’homme à son image (cf. Genèse 1:26-27, 5:2 et 9:6) ou l’homme qui a créé Dieu à son image?

L'homme est faible, faillible et commet des erreurs. On en déduit que Dieu, si l'on admet qu'il a conçu l'homme à son image, est lui-même faible, faillible et commet des erreurs.

À l’instar de l'homme qu'il a créé à sa ressemblance, Dieu est orgueilleux, égoïste, arrogant, menteur et tricheur.
Cherchez l'erreur.

[1] Anthropomorphisme: “Tendance à attribuer aux objets naturels, aux animaux et aux créations mythiques des caractères propres à l’homme” (Le Petit Larousse grand format, édition 2004).

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Le Seigneur se soucie autant des hommes [2] que les hommes se préoccupent du sort des macaques rhésus, des cochons d’Inde, des pucerons, des cancrelats ou de ces insectes diptères “aux formes trapues, aux antennes courtes, au vol bourdonnant et zigzaguant” (Le Petit Larousse illustré, éd. 1996) qu’ils appellent «mouches» et qu’ils écrasent sans merci ni manifester le moindre remords [3].

[2] “Jusques à quand, ô Éternel, m’oublieras-tu sans cesse?” (Psaumes 13:1 ou 13:2, selon la numérotation adoptée). Ésaïe 40:22 constate qu’“aux yeux de l’Éternel, les habitants de la terre sont comme des sauterelles”. Daniel 4:35 va plus loin: “Tous les habitants de la terre ne sont à ses yeux que néant”. Mais peut-être convient-il de ne pas attacher trop d’importance au témoignage de Daniel puisqu’il implique la néantise de son auteur [2.1] aux yeux du Créateur (bel exemple d’autogoal).

......... [2.1] En bonne syllogistique, cela donne:

Tous les habitants de la Terre ne sont que néant;
or Daniel est un habitant de la Terre;
donc Daniel n’est que néant.

Bien entendu, il est loisible de remplacer le nom de Daniel par celui de n’importe quel autre représentant de la faune terrestre: Abraham, Moïse, David, Ésaïe, Jérémie, Ézéchiel, Marie, Jésus, Pierre, Jacques, Jean, Paul, Jean-Paul I et II, Benoît I à XVI, François, Mohammed, Ali, Marguerite, etc.

[3| Sachant que Dieu ne répugne pas à proposer en parabole un moucheron (Le Coran II:26; certains traducteurs ont opté pour moustique plutôt que pour moucheron) et que Jésus n’a pas hésité à reprocher aux pharisiens d’être plus tolérants avec les chameaux qu’avec les moucherons (lire Matthieu 23:24), l’intérêt manifesté ici pour le sort des mouches est peut-être moins prosaïque qu’il n’y paraît. D’ailleurs mouches, moucherons, moustiques, pucerons, araignées, sauterelles, coccinelles, mantes (religieuses ou non) ou rats d’égout – ne sont-ce pas là autant de créatures du bon Dieu? [3.1] Sans compter que le “bon” Dieu en question n’a pas hésité teigne.jpgà se comparer lui-même à “une teigne” vis-à-vis d’Israël (Osée 5:12; dans la traduction de la version synodale, huitième revision, Lausanne 1956, on trouve “un ver rongeur” à la place de “une teigne”) et à une “carie” vis-à-vis de Juda (ibid.; dans la traduction proposée sur «http://www.levangile.com/Bible-Annotee-Osee-5.htm», on peut lire “vermoulure” à la place de “carie”).
Si les hommes avaient un tant soit peu d’égards envers les mouches et autres insectes, ils renonceraient à rouler en automobile (il suffit d’observer, par temps beau et chaud, la surface d’un pare-brise ou d’un capot après quelques heures de conduite pour mesurer le peu de cas qu’ils font de ces malheureuses bestioles) [3.2]. Cela étant, il faut reconnaître que les teignes sont nuisibles, d’où la nécessité de les combattre.
Jésus a dit: «(...) vous aussi, cherchez le trésor qui ne périt pas, qui demeure dans l’endroit où la mite ne peut le manger, ni le ver ne peut le détruire»” (Évangile extra-canonique de Thomas, logion 76).

......... [3.1] S’adressant à ceux qui croient à un ou à plusieurs dieux autres que Dieu, le Prophète leur assène: Ceux [les dieux] que vous invoquez en dehors de Dieu ne sauraient même pas créer une mouche, quand même ils s'uniraient pour cela (Le Coran XXII:73).

......... [3.2] Mardi 15 avril 2014, la commission des Lois de l'Assemblée nationale française a reconnu aux animaux la qualité d’“êtres vivants doués de sensibilité". On n’a observé aucune modification du comportement des automobilistes français depuis lors. De même, la SNCF continue à faire circuler ses trains et nombre de Français à les emprunter. Les êtres humains seraient-ils privés de sensibilité? Créés par Dieu à l'image de Dieu, ils ont nécessairement la même sensibilité (ou la même insensibilité) que leur créateur. Foi de créationniste...

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08/06/2018

Élucubrations

On aimerait comprendre mais on ne comprend pas. On cherche des explications, des solutions, mais on n’en trouve pas. Alors que fait-on, du profond de son ignorance, pour ne pas se sentir trop perdu, trop seul, trop abandonné? On imagine, on échafaude et, faute de trouver l’origine, la cause, le pourquoi, le comment, on s’invente des réponses [1], si possible rassurantes. Le plus simple, le plus pratique, c’est de se représenter un personnage fabuleux grâce à l’existence duquel tout s’éclaire, tout devient possible; de concevoir un être supérieur, une puissance surnaturelle qui permette de tout comprendre et de tout expliquer [2], y compris (et surtout) l’inexplicable. Un tel cadre élaboré, il n’y a plus qu’à faire référence à cette puissance supérieure, à cet être fantastique, à ce monstre sacré pour que, ô miracle, tous les mystères - ceux du ciel comme ceux de la terre - soient résolus. Et c’est là, précisément, que la Bible intervient. Dès le premier verset, elle nous révèle la clé de tous les mystères: “Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre” (Genèse 1:1). En adoptant cette clé (commune au judaïsme, au christianisme et à l’islam), celui qui cherche, qui essaye de comprendre, a tôt fait de se rendre à une évidence: toutes les questions qu’il se pose ont la même réponse: Dieu.

Ah la belle astuce, le beau leurre! Qui ne voit qu’on ne fait que repousser le problème?

Exemple.
• Première question:
- qui a créé le ciel et la terre?
Réponse (invention du niveau 1):
- Dieu a créé le ciel et la terre.
• Deuxième question:
- qui a créé Dieu? [3]
Réponse (autre invention, cette fois du niveau 2):
- un autre Dieu, de niveau supérieur à Dieu.
• Troisième question:
- qui a créé l’autre Dieu, de niveau supérieur à Dieu?
Réponse (autre fiction, cette fois du niveau 3):
- encore un autre Dieu, de niveau supérieur à celui qui a créé Dieu.

On vous le disait, tout s’explique! Il suffit d’un peu d’imagination. Une remarque s’impose, toutefois: dans le fond, ce Dieu qui a créé les cieux et la terre, ce n’est qu’un tout petit Dieu de rien du tout (un sous-fifre d’opérette, en quelque sorte), puisqu’il est du niveau le plus inférieur. Ça, on nous l’avait caché... Et si - tragique méprise - nous n’adorions pas le bon? Si ce Dieu - présumé éternel, immuable, omnipotent, omniscient, omniprésent, toute sagesse, toute justice et tout amour - n’était en réalité qu’une grenouille qui voudrait se faire aussi grosse qu’un boeuf? Ou une vessie qu’on voudrait nous faire prendre pour une lanterne?

Qui lui a remis le gouvernement de la terre? Qui lui a confié l’univers?” (Job 34:13), demandait Élihu. Si l’on prend la liberté de remplacer “lui” par “à Dieu” plutôt que par “à l’homme”, on reconnaîtra à Élihu le mérite d’avoir (involontairement) posé les bonnes questions. Un autre qui a soulevé le problème, c’est celui qui a rédigé les chapitres 40 à 66 du livre d’Ésaïe: “Qui a configuré l’esprit de l’Éternel? Qui l’a éclairé de ses conseils? [4] Qui l’a instruit? Qui lui a enseigné la sagesse et fait connaître le chemin de l’intelligence?” (Ésaïe 40:13-14). Oui, qui? Qui?

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Le Carré de Flatland (Edwin A. Abbott, Flatland, une aventure à plusieurs dimensions, Denoël, Présence du futur/110, Paris 1998) ne connaît que la longueur et la largeur. Être bidimensionnel se mouvant sur un plan, il vénère la Sphère de Spaceland, qui est pourvue d’une hauteur et se meut dans un espace à trois dimensions. Cela n’empêche pas le Carré de faire remarquer à la Sphère, avec beaucoup de lucidité et de sagesse (page 159):
“Si vous, qui combinez plusieurs Cercles en Un, vous êtes supérieur à toutes les formes de Flatland, il est certain que trône au-dessus de vous Quelqu’un qui combine plusieurs Sphères en Une Existence Suprême et surpasse jusqu’aux Solides de Spaceland”.

flatland.png


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Quand surgit une question difficile, du genre “qui a créé le ciel et la terre?”, est-il préférable de lui donner une réponse illusoire ou de la laisser (provisoirement) sans réponse? En d’autres termes: un mensonge plein vaut-il mieux qu’une vérité vide? En d’autres autres termes: un ensemble de contrevérités peut-il combler le vide d’une connaissance qui se dérobe?
“On ne s’égare point parce qu’on ne sait pas, mais parce qu’on croit savoir” (Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l’éducation).

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Axiome: Dieu est incréé [5].
S’il est incréé, c’est donc que Dieu est une non-créature, un non-être. Conséquence logique: il n’existe pas.
Mais non, vous n’y êtes pas. Dieu est une donnée de base, transcendante: il a toujours existé et il existera toujours, sans avoir eu besoin d’être créé ou engendré par qui ou par quoi que ce soit. Incréé, inengendré, Dieu a décidé un beau jour de créer l’homme pour se sentir moins seul et pour faire joujou avec lui [6]. Il l’a créé et l’a doté, à son image, de la faculté de raisonner logiquement. Une faculté qui conduit inexorablement l’homme, lorsqu’il l’utilise, à douter de l’existence (pour ne pas dire: à conclure à l’inexistence) du Dieu d’Abraham, de Moïse, de Jésus, de Paul, de Mahomet, de Joseph Smith et de Philippulus [7], pour ne citer que quelques zélateurs attitrés. Qu’est-ce que cela signifie? Est-ce que Dieu cacherait quelque chose d’essentiel à ses créatures? “Les choses cachées appartiennent à l'Éternel, notre Dieu”, concède le dernier verset de Deutéronome 29. “La gloire de Dieu, c'est de cacher les choses”, renchérit Proverbes 25:2. De son côté, parlant de “la sagesse de Dieu” (I Corinthiens 2:7), Paul la qualifie de “mystérieuse et cachée” (ibid.). À ce sujet, l’Ingénu de Voltaire déclare: “C’est une absurdité, c’est un outrage au genre humain; c’est un attentat contre l’Être infini et suprême de dire: Il y a une vérité essentielle à l’homme, et Dieu l’a cachée”. Conclusion: l’Être infini et suprême c’est une chose, Dieu c’en est une autre. Dieu n’est pas celui que l’on croit. Dieu n’est pas Dieu.

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Axiome de rechange: Dieu s’est créé lui-même. Dans ce cas, il manque à l’homme une case pour comprendre. Et s’il lui manque une case, cela signifie qu’on lui a menti lorsqu’on lui a affirmé que Dieu, qui est parfait, avait créé l’homme à sa ressemblance. Ou alors, si on ne lui a pas menti sur ce point, c’est qu’il manque aussi une case à Dieu et que, par conséquent, celui-ci n’est pas parfait. Dans ce cas, l’homme a été trompé lorsqu’on lui a affirmé que Dieu était omnipotent, omniscient et omniprésent. Ventripotent peut-être, mais pas omnipotent.
Quant à ces quatre lettres: «omni», qu’on les garde pour désigner un “objet mathématique non identifié”. Aborder le concept «Dieu» sous l’angle «omni» s’avérerait sans doute plus fécond qu’éplucher les Écritures.

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[1]
“L’imaginaire naquit un jour de l’ignorance et engendra des contes merveilleux, voire surréalistes...” (Pierre Mestdagh, «http://evangilethomas-pmestdagh.be/index.htm», sous le titre marginal Jésus et la Bible et le sous-titre Jésus et son enseignement; nota bene: citation hors contexte).
Un peu plus loin (même auteur, même titre marginal, sous-titre L’ancien et le nouveau):
“En s’attachant à des vérités imaginaires l’homme s’est enivré, a perturbé sa conscience et s’est paré d’un savoir illusoire”.
Plus loin encore (sous-titre Considérations finales):
“Une grande majorité parmi les êtres humains sera toujours bien plus sensible à des rêves illusoires ou des contes merveilleux qu’à un réel enseignement existentiel, qui confronte chaque conscience personnelle à sa réalité intérieure”.

[2] Tu es, en vérité, le grand connaisseur de tout ce qui est inconnu (Le Coran V:116 in fine; parole adressée par Jésus à Dieu).

[3] Sachant qu’ “on ne lui connaît ni père, ni mère, ni généalogie, ni commencement de jours, ni fin de vie” (Hébreux 7:3, à propos du prêtre Melchisédek).

[4] Repris par Paul en Romains 11:34 et I Corinthiens 2:16.

[5] Extraits du Quicumque, aussi appelé Symbole d'Athanase ou Credo d’Athanase (ce texte en latin, d’auteur incertain, aurait été composé au début du VIe siècle en Gaule méridionale):
“Incréé est le Père, incréé le Fils, incréé le Saint-Esprit; infini est le Père, infini le Fils, infini le Saint-Esprit; éternel est le Père, éternel le Fils, éternel le Saint-Esprit; (...) tout-puissant est le Père, tout-puissant le Fils, tout-puissant le Saint-Esprit” (début du troisième paragraphe);
“Le Père n'a été fait par personne et il n'est ni créé ni engendré” (début du quatrième paragraphe) [5.1].

........... [5.1] Comparer avec Le Coran CXII:3 : Il (Dieu) n’a pas été engendré (autre traduction: Il n’est pas enfanté).

[6] “Tout a été créé par lui [le Dieu invisible] et pour lui” (Colossiens 1:16 in fine). On se permet d’insister sur la préposition “pour”. Car non seulement Dieu a créé l’homme mais il en a expliqué le pourquoi: Je n'ai créé les djinns [6.1] et les hommes que pour qu'ils M'adorent (Le Coran LI:56). S’agissant des récalcitrants, il leur promet: Ceux qui, par orgueil, refusent de M'adorer entreront bientòt, humiliés, dans l'Enfer (Le Coran XL:60). Quant à la Bible, elle contient notamment cette injonction: “Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu”.
Autres citations en rapport:
• Dans Matthieu 4:10, Jésus - s’inspirant de Deutéronome 6:13 - réplique à Satan en ces termes: “Il est écrit: Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul”;
• Dans Jean 4:23, ce même Jésus loue “les vrais adorateurs”, “les adorateurs que le Père demande”;
Je suis votre Seigneur! Adorez-moi donc! (Le Coran XXI:92; c’est Dieu qui parle [6.2]);
Ton Seigneur t’ordonne de n’adorer que Lui (Le Coran XVII:23 in initio, traduction Tawhid);
Adore-moi donc! (Le Coran XX:14; l’injonction émane de Dieu et s’adresse à Moïse).
Adorez Dieu! (Le Coran IV:36, V:72, V:117, VII:59, XVI:36, XXIII:23, XXVII:45, XXIX:16, LXXI:3; dans le même sens: Le Coran II:21, III:51, X:3, XV:99, XIX:36, XXXIX:2, LIII:62).

........... [6.1] Djinn: “[Dans le Coran et les légendes musulmanes] Être intelligent, généralement malfaisant, créé de feu, entre l'homme et l'ange, qui peut apparaître sous différentes formes (d'apr. Encyclop. de l'Islam, Paris, A. Picard, t. 1, 1908, p. 1076)” (source: «http://www.cnrtl.fr/definition/djinn»).

........... [6.2] Ce Dieu qui n’aspire qu’à être admiré, adulé; ce Dieu qui implore ou ordonne: Adorez-moi”; ce Dieu incapable de se suffire à lui-même - comme il est pathétique! comme il est pitoyable!

[7] Philippulus: personnage de L’Étoile mystérieuse, dixième album de la série des aventures de Tintin), éd. Casterman 1974; auteur: Hergé, pseudonyme de Georges Rémi. À la page 20, on apprend que Philippulus “est un fou qui s’est échappé de l’asile”.

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05/06/2018

Mais qui est donc Marguerite? [3ème partie]

Marguerite est un être complexe - d’une complexité qui laisse songeur, pour ne pas dire perplexe. Son organisme est le résultat d’un assemblage compliqué de cellules vivantes, sans cesse renouvelées. Chacune de ces cellules est constituée de molécules, chacune de ces molécules d’atomes et chacun de ces atomes d’électrons en orbite autour d’un noyau, lui-même constitué de protons et de neutrons. Quand elle pense à la multitude des atomes agrégés par les innombrables molécules agglutinées dans les amas de cellules composant les organes de son corps (son cerveau par exemple), Marguerite a de la peine à concevoir qu’un nombre incalculable d’électrons puissent ainsi graviter, en permanence et à une vitesse vertigineuse, à une distance astronomique du noyau [1] (très dense) auquel ils se rattachent. [2] De même, s’agissant des protons et des neutrons qui forment le noyau, elle ne sait que penser des hadrons (mésons et baryons) qui les composent, ni des quarks (quarks up et quarks down), des anti-quarks et des gluons qui (si elle a bien compris) se combinent entre eux pour former des hadrons - sans s’appesantir, tellement ils sont fugaces, sur les quarks strange et les quarks charm, ou sur les quarks bottom et les quarks top. Des milliards et des milliards de particules – c’est pour cela, sans doute, que Marguerite est si particulière.

Au-delà du mur des quarks de Marguerite, il y a autre chose que la matière dans laquelle elle est coulée: il y a l’essence de Marguerite, qui est de nature spirituelle. Car Marguerite est une apparence prise par le souffle divin, un avatar de l’Esprit. Marguerite, c’est l’esprit matérialisé.

Là où l’esprit et la matière se rejoignent et s’interpénètrent (“au point de suture de l’âme et du corps”, pour reprendre une image de Georges Haldas [3]; “à la division de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles”, disséquait déjà l’auteur de l’Épître aux Hébreux [4]) se produisent parfois des grincements. C’est ainsi que Marguerite est habitée par un étrange mal-être: agrégat d’atomes gorgés d’hématomes, la pauvre est malade de ses quarks, qui pompent son énergie. Logées aux confins du matériel et de l’immatériel, les quarkopathies frappent à la fois le corps et l’esprit. Elles font partie de ces maladies existentielles qui sont l’apanage des humains et les font tant souffrir. De ces maladies qui rongent, ravagent, épuisent et finissent parfois par détruire [5].

Marguerite est indéfinissable. Si, par certains côtés, elle peut paraître irréelle, ses souffrances, son désespoir et son incessante fatigue sont bien de ce monde. Les espoirs fous placés en elle dès avant sa naissance (voire dès avant sa conception), les secrets de famille ignominieux, les anciennes blessures mal cicatrisées, un destin qu’elle n’a pas choisi mais qu’elle a dû subir à son corps défendant, font que Marguerite est en proie à un doute permanent et qu’elle ne cesse d’errer [6], en quête de son identité et d’un meilleur équilibre. Pas étonnant, dès lors, que tant de gens ressentent un trouble en sa présence et que la plupart se détournent d’elle. Pourtant, malgré (ou peut-être: à cause de) ses nombreux problèmes, il en est qui se sentent attirés par elle. Ils la devinent attachante mais elle se montre tellement distante, tellement inaccessible qu’ils finissent par se décourager. Ils voudraient la connaître mais n’y parviennent pas.

Déroutante, insaisissable, Marguerite échappe au commun des mortels. Aussi le commun des mortels a-t-il pris le parti de la montrer du doigt et de dire, à son propos: “Voyez cette femme, là-bas; elle est malade [7], personne ne peut rien pour elle”. La plupart veulent croire à cette version. Les uns y croient vraiment, d’autres font semblant d’y croire. C’est l’ensemble de ces gens qui croient ou font semblant de croire qu’on appelle les croyants. Les croyants, ce sont ceux qui se dispensent d’affronter la réalité en décrétant d’autorité que Marguerite est malade [8]. Or, la vérité ce n’est pas que telle ou telle personne est malade mais bien que tout le monde – chacun à sa manière – est malade, à commencer par les croyants eux-mêmes. En fait, c’est le système dans son ensemble qui est malade et qu’il faudrait réformer. Mais qui s’en chargera, de cette réforme si nécessaire? Qui sera suffisamment révolté (et, en même temps, suffisamment éclairé) pour entreprendre la transformation de ce monde injuste et cruel en un monde meilleur? [9] En l’état, Marguerite paraît trop fragile, son équilibre est trop précaire pour qu’on puisse espérer d’elle quelque initiative ou impulsion dans ce sens [10]. Il faudrait un miracle...

brian1.jpgLes croyants sont libres de porter une croix [11], si ça leur chante. Mais ils n’ont pas à la faire porter aux autres, comme cela s’est produit dans le cas de Marguerite et d’un grand nombre de personnes.




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[1] La distance entre le noyau et les électrons est si considérable que le volume de l'atome est constitué à 99,9999999999999% de vide. Si l'on pouvait supprimer le vide qui entoure le noyau, la Terre pourrait tenir dans une sphère de 180 mètres de rayon. La suppression de ce vide n’est toutefois qu’une vue de l’esprit, tant il est soumis à de puissants champs de forces électriques et magnétiques.

[2] Marguerite s’est une fois demandé si les électrons tournaient aussi sur eux-mêmes, à l’instar des planètes. Or, non seulement les électrons tournent sur eux-mêmes en un vertiges.jpgmouvement de rotation appelé «spin» (une propriété commune à toutes les particules) mais ils peuvent adopter les deux sens de rotation.
“La tête me tourne” ou “J’ai le tournis”, entend-on parfois murmurer Marguerite; car - c’est là une de ses particularités - il lui arrive de voir tout tourner. Faut-il s’en étonner?

[3] Socrate et le Christ, Éditions L’Âge d’Homme, Lausanne 2002, page 75.

[4] “Car la parole de Dieu est (...) plus pénétrante qu’une épée à deux tranchants; elle atteint jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles” (Hébreux 4:12).

[5] • “Mon âme est troublée” (Jean 12:27, c’est Jésus qui parle; dans le même sens: Psaumes 6:3 ou 6:4, selon la numérotation adoptée); • “Mon âme est abattue” (Psaumes 42:6 ou 42:7, selon la numérotation adoptée); • “Pourquoi donc, ô mon âme, es-tu si abattue et gémis-tu en moi?” (Psaumes 42:5 ou 42:6, selon la numérotation adoptée); • “Mon esprit est abattu” (Psaumes 77:3 ou 77:4, selon la numérotation adoptée); • “Mon esprit est abattu au-dedans de moi” (Psaumes 142:3 ou 142:4, selon la numérotation adoptée); • “Mon esprit est abattu au-dedans de moi, mon coeur est troublé dans mon sein” (Psaumes 143:4); • “Mon esprit est troublé” (Daniel 2:3; selon les traductions, on trouve “confus”, “agité” ou “tourmenté” au lieu de “troublé”); • “Mon esprit se consume” (Psaumes 143:7); • “J'en suis venu à désespérer dans mon coeur” (Ecclésiaste 2:20); • “Je suis dans une grande angoisse” (II Samuel 24:14 et I Chroniques 21:13; dans le même sens: I Samuel 30:6 in initio); • “Mon âme est triste à en mourir” (Matthieu 26:38 et Marc 14:34; c’est Jésus qui parle); • “(...) un esprit brisé, (...) un coeur brisé” (Psaumes 51:17 ou 51:19, selon la numérotation adoptée).

[6| • “Tu seras errant et vagabond sur la terre” (Genèse 4:12); • “Et ils seront errants parmi les nations” (Osée 9:17); • “Il sera errant dans le pays, accablé et affamé” (Ésaïe 8:21); • “Je suis errant comme une brebis perdue” (Psaumes 119:176); • “Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivant sa propre voie [6.1|” (Ésaïe 53:6); • “Mes brebis sont errantes” (Ézéchiel 34:6; c’est l’Éternel qui parle)); • “Elle est errante dans ses voies [6.1], elle ne sait où elle va” (Proverbes 5:6); • “Jusques à quand seras-tu errante, fille égarée?” (Jérémie 31:22; “égarée” ou “rebelle”, on trouve les deux traductions).

......... [6.1] “Vos voies ne sont pas mes voies, déclare l’Éternel” (Ésaïe 55:8).

[7] Le prophète Ésaïe (seconde moitié du huitième siècle avant J.-C.) dépeint ainsi le Messie à venir [7.1]: • “Son visage était défait, (...) son aspect différait de celui des autres hommes” (52:14); • “Il n’avait pas l’éclat ni le genre de beauté qui attirent les regards. Il était trop effacé pour se faire remarquer” (53:2; autre traduction possible: “Il n'avait ni splendeur ni beauté pour retenir notre attention, ni rien dans son apparence qui pût nous attirer”); • “Il était celui qu’on dédaigne, celui qu’on ignore, la victime, le souffre-douleur; (...) et nous n’avons fait aucun cas de lui” (53:3).

......... [7.1] Nota bene: quand les prophètes annoncent que tel ou tel événement va se produire, ils se positionnent parfois comme si cet événement avait déjà eu lieu, comme s’ils y avaient assisté. Ils en parlent alors au passé, alors qu’on aurait attendu le futur.

[8] Cf. • Ésaïe 53:4-5 8.1: “Cependant, ce sont nos maladies qu’il [le Messie] portait; c’est de nos douleurs qu’il s’était chargé. Et (...) c’est par ses meurtrissures que nous avons la guérison”; • Matthieu 8:17 : “Il [Jésus] a pris nos faiblesses et endossé nos maladies”.

[9] “Qui le dépouillera de sa cuirasse? Qui pénétrera entre ses mâchoires?” (Job 41:4, 41:5 ou 41:13, selon la numérotation adoptée).

[10] Cf. • Ésaïe 53:10 8.1: “Il a plu à Dieu de le briser par la souffrance” et • Ésaïe 53:7: “Il s’est laissé maltraiter sans protester, sans ouvrir la bouche, comme un agneau qu’on mène à l’abattoir, comme une brebis muette devant ceux qui la tondent”.

[11] Cf. • Matthieu 16:24 : “Alors Jésus dit à ses disciples: «Si quelqu'un veut être mon disciple, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive»” (dans le même sens: Marc 8:34 et Luc 9:23); • Luc 14:27 : “Et quiconque ne porte pas sa croix et ne me suit pas ne peut être mon disciple” (c’est Jésus qui parle; Matthieu 10:38 rapporte ainsi la même sentence: “Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n'est pas digne de moi”).

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03/06/2018

Mais qui donc est Marguerite? [2ème partie]

Avertissement: ce billet sera très court sauf que la note 5 est extrêmement longue et tortueuse, ce qui provient du fait que - comme saint Paul a fini par le reconnaître dans un accès de lucidité - les voies de Dieu sont incompréhensibles (Romains 11:33, traduction Louis Segond).

La note en question vaut toutefois la peine d'être lue intégralement car elle annonce ni plus ni moins que... le retour imminent de Jésus-Christ parmi nous! Un retour qui - selon des informations glanées directement auprès de l'ange Gabriel (merci Gaby-les-bons-tuyaux) - surviendra d'ici la fin du présent mois de juin et fera l'objet de reportages exclusifs sur ce blog.

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