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29/06/2018

FRANCE ou ARGENTINE ?

110px-Flag_of_France.svg.png“L’étendard sanglant est levé”,
“Ils viennent, jusque dans vos bras, égorger vos fils, vos compagnes”,
“Qu’un sang impur abreuve nos sillons”

versus

ar-1.pnghttps://www.youtube.com/watch?v=2shR99NnwCA

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28/06/2018

8e de finale Suisse-Suède: donnez votre pronostic!

110px-Flag_of_Switzerland_(Pantone).svg.png110px-Flag_of_Sweden.svg.pngLors des hymnes nationaux, avant le début du match contre le Costa Rica, seuls trois joueurs ont chanté l'hymne suisse: le capitaine Lichtsteiner (qui sera absent contre la Suède), Schaer et le gardien Sommer.
Du côté costaricien, tous ont chanté l'hymne national, la main droite sur le coeur.
Vous regarderez contre la Suède: tous les Suédois chanteront l'hymne de leur pays.
Il n'y aurait pas quand même pas chez nous un petit problème d'intégration?

Hymne suisse: https://www.youtube.com/watch?v=8vF-Ex4Px7g
Hymne suédois: https://www.youtube.com/watch?v=zmC5VqDrOsc

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26/06/2018

Suisse - Costa Rica: concours de pronostics!

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25/06/2018

Xhaka et Shaqiri s'expliquent

Rico Vigassi, l'envoyé spécial en Russie de «Croire ou ne pas croire», a pu s'entretenir avec Granit Xhaka et Xherdan Shaqiri, les buteurs de l'équipe suisse lors du match de vendredi dernier contre la Serbie. Les deux joueurs ayant exprimé leur joie d'avoir marqué en faisant le "signe" de l'aigle à deux têtes, il leur a demandé ce qu'il fallait entendre par ce geste. Tous deux ont expliqué qu'en mimant l'aigle bicéphale qui orne le drapeau officiel de la Serbie ils ont voulu célébrer l'amitié entre le peuple suisse et le peuple serbe. "C'est à tort que certains Serbes se sont offusqués", se sont empressés d'ajouter Shaka et Xhaqiri, qui se demandent comment leur geste a pu soulever une polémique.

Le capitaine de l'équipe suisse Stephan Lichtsteiner s'étant joint à la conversation, il a aussitôt confirmé que s'il avait lui aussi mimé l'aigle serbe, c'était dans le même esprit de solidarité envers la nation serbe.

Rico ayant ensuite demandé à nos joueurs s'ils savaient que l'aigle bicéphale figure également sur les drapeaux de l'Albanie et du Monténégro, ils lui ont répondu qu'ils s'en souviendraient s'ils étaient appelés à affronter un jour l'équipe nationale de l'un de ces pays.

Voilà donc une affaire éclaircie, même s'il y aura inévitablement des gens (notamment à la FIFA) qui se demanderont s'il faut croire ou ne pas croire nos joueurs.

Drapeau officiel de la République de Serbie depuis le 11 novembre 2010:

225px-Flag_of_Serbia.svg.png


Armoiries de la République de Serbie:

88px-Coat_of_arms_of_Serbia.svg.png


Pour davantage d'informations: https://fr.wikipedia.org/wiki/Serbie

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24/06/2018

Maldonne

Il faut se lever de bonne heure
pour le bonheur
du dur labeur [1].

Bêtises s’enchaînent,
enchaînent les hommes [2].
Mais...
sommes-nous bien...
hommes?
Ne sommes-nous pas plutôt...
bêtes de somme [3]?
Qu’importe:
il faut payer,
payer la somme
de nos bêtises,
de ses bêtises,
à lui en haut,
qui pèse sur nous
de son non-sens,
de tous ses anges [4],
de tous ses sous [5]
ensoutanés;
nous: tous pour lui,
à genoux [6]
dans la fange [7],
et lui pas
(mais alors pas du tout)
pour nous.
Car de nous
il se fout bien [8],
le céleste scélérat!
Ah, pour ça oui!
Alors, moi aussi,
de lui je me fous.
Non, chacal,
tu ne m’auras pas!
De prière venant de moi,
tu auras beau tendre l’oreille,
tu n’en entendras pas [9].

Qui a peur?
Les petits ont peur.
Les grands, eux,
s’en fichent pas mal
car ils savent que
ça n’a pas d’importance,
pas vraiment d’importance,
que tout est dément [10]
de A jusqu’à quand?
Et que disent-ils,
officiellement,
les grands seigneurs,
les docteurs de la loi?
Ils disent que tout est bien
(bien ainsi,
bien autrement,
c’est selon)
et ils ajoutent:
“persévérez
dans la prière” [11].
Mais pourquoi prier
Celui qui n’écoute guère [12]
et fait tout à l’envers?
Surtout quand on sait
que son jeu préféré
c’est la guerre.

On se comprend
entre nous
puisqu’on n’y comprend rien du tout.
Le grand tout nous échappe;
seules quelques bribes nous parviennent,
les reliques du festin,
des noces pour le chien [13]:
la terre [14],
la misère [15],
la guerre,
la chair,
pour les charniers,
le père et la mère,
déjà ou bientôt morts,
la mer,
pour se noyer,
les plus jeunes,
pour s’indigner,
contester,
s’éclater
et tout faire sauter –
bref, le pain quotidien
de cette vie de chien.

Tout est bien,
qu’ils disent;
nous, on veut bien
mais...
faut dire
faut dire
que ce destin [16]
n’est pas
n’est pas
humain,
pas humain pour un sou,
pas humain pour un clou
de bras en croix.

crucifixion.jpg

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[1] • “Tous ses jours ne sont que tourment. Ses labeurs ne lui procurent que des souffrances. Même la nuit, il ne trouve pas de repos” (Ecclésiaste 2:23); • “Il est sorti nu du sein de sa mère, et il partira comme il est venu, sans emporter dans ses mains une miette du fruit de son labeur. (...) Quel avantage retire-t-il d'avoir travaillé pour du vent? De plus, il mange tous les jours de sa vie dans l’obscurité et il a beaucoup de chagrin, de maux et d'irritation” (Ecclésiaste 5:15-17 ou 5:14-16, selon la numérotation adoptée).

[2] • “Il [Dieu] m'a entouré d'un mur, pour me fermer toute issue; il m'a chargé de chaînes pesantes. Lorsque je crie et que j’implore du secours, il repousse ma prière. Il me barre le chemin avec des blocs de pierre; il rend ma route impraticable” (Lamentations 3:7-9). • “Quand je pense à ma détresse et à ma vie de tourment (...)” (Lamentations 3:19).

[3] La Somme théologique (Summa theologica) est un traité en trois parties de saint Thomas d'Aquin, écrit entre 1266 et 1273. “L’auteur, empruntant à la méthode scolastique de la discussion, y expose l’ensemble des questions concernant la foi chrétienne” (Le Petit Larousse grand format, édition 2004).

[4] • “Il [Dieu] lança contre eux (...) une armée d'anges portant le malheur” (Psaumes 78:49; autres traductions possibles: “Il lâcha contre eux (...) une troupe d’anges destructeurs”; “il leur envoya une bande d’anges de la mort”); • “La nuit suivante, un ange de l’Éternel alla dans le camp des Assyriens et il y fit périr cent quatre-vingt-cinq mille hommes. Le lendemain matin, on ne voyait que des cadavres” (II Rois 19:35 et Ésaïe 37:36; dans II Chroniques 32:21, le même épisode est conté de la manière suivante: “Alors l’Éternel envoya un ange, qui extermina dans le camp du roi d’Assyrie tous les hommes vaillants, les princes et les chefs”); • “Dieu envoya un ange à Jérusalem pour la détruire” (I Chroniques 21:15) => “L’ange étendit sa main sur Jérusalem pour la ravager” (II Samuel 24:16); • “Mais David ne pouvait pas aller devant cet autel pour chercher Dieu, parce que l’épée de l’ange de l’Éternel l’avait frappé d’épouvante” (I Chroniques 21:30); • “Frappez! Que votre oeil soit sans pitié, n'ayez aucune compassion! Tuez les vieillards, les jeunes hommes et les jeunes filles, les enfants et les femmes jusqu’à l’extermination” (Ézéchiel 9:5-6; instructions données par l’Éternel à ses anges dévoués) => “Ils (...) frappèrent le peuple dans toute la ville [de Jérusalem]” (Ézéchiel 9:7 in fine); • “À l’instant même, un ange du Seigneur le frappa parce qu’il n’avait pas rendu gloire à Dieu. Et il expira” (Actes 12:23); • “Puis je vis dans le ciel un autre prodige, grand et admirable: sept anges, qui portaient sept fléaux, les sept derniers, car c’est par eux que doit s’accomplir la colère de Dieu” (Apocalypse 15:1) => “Les sept anges qui tenaient les sept fléaux sortirent du temple, revêtus d’un lin pur, éclatant, et la poitrine ceinte d’une ceinture d’or” (Apocalypse 15:6) => “Alors j’entendis une voix forte qui venait du Temple, et qui disait aux sept anges: «Allez, et versez sur la terre les sept coupes de la colère de Dieu»” (Apocalypse 16:1) => ◊ “Le premier ange s’en alla et versa sa coupe sur la terre; et un ulcère malin et douloureux frappa les hommes qui avaient la marque de la bête et qui adoraient son image” (Apocalypse 16:2); ◊◊ “Le deuxième ange versa sa coupe dans la mer; et la mer devint du sang, comme le sang d’un mort; et tous les êtres vivants qui se trouvaient dans la mer moururent” (Apocalypse 16:3); ◊◊◊ “Le troisième ange versa sa coupe dans les fleuves et dans les sources d’eau; et les eaux devinrent du sang” (Apocalypse 16:4); ◊◊◊◊ “Le quatrième ange versa sa coupe sur le soleil et il lui fut donné de brûler les hommes par le feu. Les hommes furent consumés par une chaleur extrême” (Apocalypse 16:8-9); ◊◊◊◊◊ “Le cinquième ange versa sa coupe sur le trône de la bête; son royaume fut plongé dans les ténèbres, et les hommes se mordaient la langue de douleur” (Apocalypse 16:10); ◊◊◊◊◊◊ “Le sixième ange versa sa coupe sur l’Euphrate, le grand fleuve; et le fleuve fut mis à sec” (Apocalypse 16:12); ◊◊◊◊◊◊◊ “Le septième ange versa sa coupe dans l’air. (...) Il y eut des éclairs, des voix, des coups de tonnerre, et un grand tremblement de terre, un tremblement tel qu’il n’y en eut jamais de si grand depuis qu’il y a des hommes sur la terre. (...) Toutes les îles s’enfuirent, et les montagnes disparurent. Des grêlons énormes, pesant un talent, tombèrent du ciel sur les hommes; (...) c’était un terrible fléau” (Apocalypse 16:17-21); • “Puis je vis un ange qui se tenait dans le soleil. Et il cria d'une voix forte, disant à tous les oiseaux qui volaient en plein ciel: «Venez, rassemblez-vous pour le grand festin de Dieu, afin de manger la chair des rois, la chair des chefs militaires, la chair des puissants, la chair des chevaux et de ceux qui les montent, la chair de tous, libres et esclaves, petits et grands»” (Apocalypse 19:17-18).

[5] En 2011, l'Institut pour les oeuvres de religion (IOR) gérait “plus de 6,3 milliards d'euros répartis en 20’772 comptes, dont 37 des membres de la famille du pape, 236 de cardinaux, 1’604 d'évêques et 128 de monastères, couvents ou abbayes” (source: «http://fr.wikipedia.org/wiki/Vatican#.économie», qui se réfère à l’avant-dernier paragraphe d’un article paru le 22 décembre 2012 sur «http://www.letemps.ch/Page/Uuid/01901d8c-4b5e-11e2-961d-d208b943f641/Ce_Suisse_qui_nettoie_les_finances_du_Vatican»). La partie émergée de l’iceberg. Les assises financières de l’islam ne sont pas moins solides que celles du catholicisme et elles le resteront aussi longtemps que le djinn Pétrole alimentera les chaudières d’Allah.

[6] • “Je me mets à genoux devant le Père [de notre Seigneur Jésus-Christ]” (Éphésiens 3:14, Paul dixit). • “La liturgie traditionnelle (...) met l’homme à genoux devant Dieu” («http://www.riposte-catholique.fr/summorum-pontificum-blog/divers-summorum/messe-a-saint-sulpice-les-photos»).

[7] • “Dieu m’a jeté dans la boue” (Job 30:19); • “Je m'enfonce dans la boue, sans pouvoir me tenir” (Psaumes 69:3 [ou 69:2, selon la numérotation adoptée]).
Depuis le roi David, une partie de l’humanité supplie avec lui: “Ô Dieu, dans ta grande miséricorde, réponds-moi (...). Retire-moi du bourbier [sous-entendu: dans lequel tu m’as fourré], ne permets pas que j’y reste enfoncé. Délivre-moi (...) des eaux profondes!” (Psaumes 69:13-14 ou 69:14-15, selon la numérotation adoptée).

[8] • “Il rit, celui qui siège dans les cieux. Oui, le Seigneur se moque d’eux” (Psaumes 2:4); • “Et toi, Éternel, tu te ris d'eux, tu te moques de toutes les nations” (Psaumes 59:8 ou 59:9, selon la numérotation adoptée); • “Je rirai quand vous serez dans le malheur, je me moquerai quand la terreur fondra sur vous (...) comme une tempête et que le malheur vous enveloppera comme un tourbillon, quand la détresse et l'angoisse s’empareront de vous” (Proverbes 1:26-27; il faut remonter au verset 10 du même chapitre pour savoir qui s’exprime de la sorte: il s’agit de “la sagesse” divine personnifiée); • “J'ose le dire: Dieu fait périr l'homme intègre aussi bien que le méchant. Quand un fléau soudain répand la mort, il se rit de la détresse des innocents” (Job 9:22-23; c’est Job qui parle).

[9] “Moi t'honorer? Mais pourquoi? As-tu jamais adouci les souffrances qui m'accablaient? As-tu jamais séché mes larmes quand j'étais dans l'angoisse?”
(Johann Wolfgang von Goethe, Prométhée, cinquième strophe, vers 1 à 5; traduction de l'allemand reprise de «http://berardjean.blog.lemonde.fr/2010/04/05/»; le poème date de 1774).

[10] • “La folie occupe des postes très élevés” (Ecclésiaste 10:6; autre traduction possible: “Les sots parviennent aux plus hautes distinctions”); • “Dieu n'a-t-il pas changé en folie la sagesse du monde?” (I Corinthiens 1:20; au lieu de “changé en” on trouve parfois “convaincu de”).

[11] Romains 12:12 in fine et Colossiens 4:2 in initio.

[12] • “Ils crient vers l'Éternel mais celui-ci ne leur répond pas” (II Samuel 22:42); • “Je crie vers toi, ô Éternel! (...) ne reste pas sourd à ma prière” (Psaumes 28:1); • “Écoute ma voix suppliante, quand je crie vers toi” (Psaumes 28:2); • “Jusques à quand, ô Éternel, t’implorerai-je sans que tu entendes mon appel?” (Habacuc 1:2); • “Ne me délaisse pas, ne m’abandonne pas” (Psaumes 27:9); • “Ne m’abandonne pas entièrement!” (Psaumes 119:8); • “Quand ils m'invoqueront à cause de leur malheur, je ne les écouterai pas” (Jérémie 11:14; c’est l’Éternel qui parle); • “J'ai beau crier et implorer: il n'écoute pas ma prière” (Lamentations 3:8); • “C'est en vain que l'on crie: Dieu n'écoute pas, le Tout-Puissant n'y a point égard” (Job 35:13 ); • “Ils crient, mais personne pour les sauver. Ils crient vers l’Éternel mais il ne leur répond pas” (Psaumes 18:41 ou 18:42, selon la numérotation adoptée); • “Ils crieront vers moi mais je ne répondrai pas; ils me chercheront mais ne me trouveront pas” (Proverbes 1:28; c’est l’Éternel qui parle); • “Ils crieront vers moi et je ne les écouterai pas” (Jérémie 11:11; c’est l’Éternel qui parle); • “Vous avez beau multiplier les prières, je ne vous écoute pas” (Ésaïe 1:15; c’est toujours l’Éternel qui parle); • “Je n’écoute pas leurs supplications” (Jérémie 14:12; c’est encore et toujours l’Éternel qui parle); • “Il [Dieu] a détourné sa face de vous pour ne plus vous écouter” (Ésaïe 59:2; la Bible du Semeur traduit: “Il s'est détourné loin de vous pour ne plus vous entendre”).
Comment le Tout-Puissant s’y prend-il pour “couper le son” ? Lamentations 3:44 fournit l’explication: “Tu t’es enveloppé d’un nuage pour empêcher nos prières de s’élever jusqu’à toi”. Il faut le comprendre, aussi. Car, comme le prophète en a adressé le reproche aux Israélites, “Vous fatiguez l’Éternel avec vos paroles” (Malachie 2:17; on peut traduire “lassez” ou “importunez” en lieu et place de “fatiguez”).

[13] • “Les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres” (Matthieu 15:27; dans un sens tout proche: Marc 7:28); • “Il [un pauvre nommé Lazare] aurait bien voulu se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche” (Luc 16:21).

[14] • “(...) terre de détresse et d’angoisse” (Ésaïe 30:6); • “Il regardera vers la terre et ne verra que détresse, obscurité et sombres angoisses” (Ésaïe 8:22).

[15] • “Ô Éternel, vois ma misère” (Lamentations 1:9).

[16] • “Pourquoi avez-vous amené l’assemblée de l’Éternel dans ce désert pour nous y faire mourir, nous et notre bétail?” (Nombres 20:4; question posée par les Israélites à Moïse et à Aaron); • “À cause de toi, on nous égorge tous les jours, on nous traite comme des brebis destinées à la boucherie” (Psaumes 44:23 [ou
44:22, selon la numérotation adoptée], repris dans Romains 8:36; le psalmiste s’adresse à “Ô Dieu”); • “Tout va vers une même destination: tout a été fait de la poussière et tout retourne à la poussière” (Ecclésiaste 3:20); images-1.jpeg• “Je vous destine au glaive, et vous fléchirez tous le genou pour être égorgés” (Ésaïe 65:12; c’est l’Éternel qui parle); • “Car l'Éternel, notre Dieu, a résolu notre perte” (Jérémie 8:14; autre traduction possible: “(...) nous destine à la mort”); • “Ainsi parle l'Éternel des armées: «Voici, je vais les châtier. Les jeunes hommes mourront par l'épée, leurs fils et leurs filles mourront par la famine. Aucun d'eux n'échappera»” (Jérémie 11:22-23); • “Voici ce que déclare l'Éternel: «Ceux qui sont destinés à mourir s'en iront à la mort; ceux qui sont destinés à périr par l'épée s'en iront à l'épée; ceux qui sont destinés à mourir de famine s’en iront à la famine; ceux qui sont réservés pour la captivité s'en iront en captivité»” (Jérémie 15:2); • “Jésus dit à Pierre: «(...) Ne dois-je pas boire la coupe de souffrance que le Père m'a destinée?»” (Jean 18:11, traduction Bible du Semeur).

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20/06/2018

Jésus-Marguerite, hôte du magazine «Faut pas croire» de la TSR

Alléluia, alléluia, le divin rejeton est revenu sur terre! La journaliste Liane Dufour n'a pas manqué de l'accueillir dans le cadre du magazine hebdomadaire «Faut pas croire», l'émission religieuse de la Télévision suisse romande.

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Le tournage a eu lieu en plein air, sur une terrasse au bord d'un lac.

– Heureuse de vous recevoir, Jésus-Marguerite. Comment allez-vous? Comment va votre foi? Et quel jugement portez-vous sur notre monde, en particulier sur la manière dont les chrétiens vous perçoivent? Car vous n'êtes pas sans le savoir: vous êtes devenu une véritable idole!

– Même si cela ne se voit pas, avec mes deux mille ans d'âge, je ne suis plus qu'un vieillard aujourd'hui [1]! Ma mémoire me joue des tours, ma vue se brouille et j’entends de plus en plus mal. À vrai dire et au risque de vous décevoir, je ne crois plus à grand chose. Ma foi s’effrite chaque jour un peu plus et pourrait bien être sur le point de voler en éclats. Quand je vois ce que les hommes ont fait de mon enseignement, comment ils l’ont dénaturé – non vraiment, je suis écoeuré. M’ayant collé l’épithète de «Christ», ne sont-ils pas allés jusqu’à introduire l’adjectif tiré de ce sobriquet dans la dénomination de partis politiques? Et, comble de l’ironie, n’est-ce point pour désigner des partis conservateurs, pour ne pas dire réactionnaires, que l’on se sert de mon image? Quant aux membres et aux sympathisants de ces partis “démocrates-chrétiens”, “chrétiens-démocrates” ou encore “évangéliques”, les avez-vous seulement observés? Pouvez-vous me dire ce qui distingue la plupart d’entre eux de ces sadducéens corrompus que j’ai combattus [2] ? Et ce qui distingue la majorité des autres de ces pharisiens maniaco-ratiocinateurs contre le formalisme et l’hypocrisie desquels je me suis insurgé [3] ? Pouvez-vous me le dire? Quant à ce révisionniste et à ce récupérateur de Paul, qui a surgi dans mon dos pour faire le pitre avec ses épîtres, fichant tout en l’air avec sa rigidité dogmatique, je me demande bien ce qui l’a pris de réintroduire cette maudite notion de péché originel [4] dont j’avais précisément essayé de délivrer mes contemporains. Ai-je jamais prétendu que l’homme naissait corrompu? L’ai-je dépouillé de sa liberté? Jamais, je le jure sur la tête de ma mère, jamais je n’ai dit ou fait quoi que ce soit pouvant autoriser cet avorton de Paul (puisque c’est ainsi qu’il se qualifie lui-même [5]) à affirmer, comme il l’a écrit aux Églises de Galatie: “Je vous le déclare, frères, l’Évangile qui vous a été annoncé par moi ne vient pas de l’homme car moi–même je ne l’ai ni reçu ni appris d’aucun homme, mais de Jésus–Christ lui-même qui me l’a révélé” (Galates 1:11-12). Jamais je ne lui ai confié une quelconque mission ni demandé le moindre service, comme il a le culot de s’en enorgueillir! [6] Et quelle mouche a piqué ce manichéen d’Augustin [7], qui a cru bon d’en rajouter au point de rendre ma doctrine méconnaissable? Mais le pire de tous, c’est encore cet halluciné de Jean dit de Patmos, avec ses effroyables visions d’Apocalypse. De quel droit ce sinistre individu ose-t-il à son tour prétendre que je lui aurais fait des révélations, moi qui ne le connais ni d’Ève ni d’Adam? Qu’il atteste ses propres fantasmes, s’il estime que leur barbarie peut intéresser le monde - chacun est libre de s’exprimer. Mais qu’il mêle mon nom [8] à ses sordides prédictions, à sa soif de sang et de vengeance - alors là non, je ne suis plus d’accord! Ça va trop loin, beaucoup trop loin! Tant de déviations, tant de trahisons... Ah! j’enrage!

Liane poussa un soupir. Jésus-Marguerite exagérait-il? De toute façon, il y avait une part de vrai dans ce qu’il disait.

– Je comprends votre amertume...

– Et ces benêts d’apôtres qui sont allés jusqu’à répandre le ragot de ma résurrection! A-t-on jamais forgé un mythe aussi saugrenu? Mais ce qui me sidère le plus, c’est que tous ces contes, ces mensonges, ces tromperies aient pu être pris au sérieux par des gens réputés intelligents... [9]

– Mais... n'êtes-vous pas ressuscité d’entre les morts, comme il est écrit dans le NouveauTestament? N’êtes-vous pas là, vivant, avec moi en ce moment?

– Vos rêves vous appartiennent, chère Liane. Ils font partie de vous, de votre réalité, de la réalité de votre être à nul autre pareil. L’esprit de Jésus est en vous. Vous lui avez ouvert votre coeur, vous l’avez laissé entrer en vous et vous vous en êtes imprégnée - loin de moi l’idée de vous en blâmer! Cela aurait pu ne jamais arriver; or, ceci est un fait: aujourd’hui, vous m’accueillez dans votre émission et vous me donnez la parole. Lorsque, encore enfant, vous rêviez de la sorcière...

– Attendez: comment savez-vous que je rêvais d'une sorcière?

– Si je le sais, c'est que je suis moi-même une sorte de sorcier, voyez-vous. La consoeur qui vous rendait régulièrement visite dans votre lit n’était pas vraiment réelle, comme vous avez pu vous en rendre compte par la suite. Cela n’a pas empêché cette vilaine mégère au chapeau pointu et au nez crochu surmonté d’une énorme verrue de revêtir à vos yeux, pendant plusieurs années, une telle apparence de vérité que la réalité de vos nuits vous semblait plus authentique que la réalité de vos jours - comme si la réalité était faite pour être affrontée durant le sommeil et les rêves à l’état de veille. [10] Or, je viens de vous le dire: même si mon visage n’est pas couvert de verrues, je suis un peu sorcier moi aussi... Ce que je veux dire, c’est qu’à partir du moment où vous avez accepté de me recevoir, je suis en vous, je suis à vous. C’est cela, ma grâce! Je demeure là où l’on veut bien de moi [11]. Si personne ne veut de moi, je n’habite nulle part. Quelqu'un décide-t-il de m’expulser? Je sors aussitôt de lui et ce quelqu'un poursuit son bonhomme de chemin sans moi. Disgrâce? Peut-être; peut-être pas. N’est-il pas écrit: “Le Seigneur est avec vous quand vous êtes avec lui; si vous le cherchez, vous le trouvez; si vous renoncez à lui, il est parti” (II Chroniques 15:2) [12]? Pour l’heure, puisque vous avez choisi de m’abriter en votre sein, je vis en vous. Oui, moi que l’on croyait mort, voilà que je ressuscite, en vous, par vous et pour vous! Pour l’heure également, même si cela peut étonner, le Père est toujours en moi [13]. Pour combien de temps? Je ne saurais le dire. Cela dépend probablement de moi mais je préfère ne pas y penser. Et quand malgré tout j’y pense, j’ai l’impression que c’est plus fort que moi: le Père est en moi, rien ne l’en délogera [14]. Car, voyez-vous, c’est un vieux sorcier que ce Père-là... Ainsi, tant qu’il sera en moi et tant que je serai en vous, il sera aussi en vous, que vous le vouliez ou non. Combien de temps durera cette situation? Cela dépend de vous, de personne d’autre. Car pour ce qui est de la chair et des os, ce sont les vôtres, non les miens. Les miens, en effet, ont été rendus à la poussière, il y a deux mille ans, au Golgotha.

Liane était perplexe. Du moment qu’il me parle, pensa–t-elle, c’est qu’il est bien vivant. Puis elle se tourna vers Jésus-Marguerite mais, à sa grande surprise, celui-ci s'était volatilisé! “Ça y est, il est à nouveau monté au ciel”, songea-t-elle [15]. Car c'est un fait: Jésus-Marguerite n'était plus là. Seule Marguerite restait assise en face d'elle. Mais quel rapport avec Jésus? Absorbée dans la contemplation de sa vis-à-vis, la vérité apparut soudain à Liane: Marguerite était habitée. Habitée par celui qui s'était volatilisé afin de rendre à Marguerite ce qui était à Marguerite. Car, de toute évidence, l’esprit de Jésus habitait Marguerite. Tout comme il habitait celui de Liane.

L'Esprit, n'était-ce pas là tout ce qui comptait?

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[1] "Je suis vieux, j’ai blanchi" (I Samuel 12:2; c’est le juge Samuel qui parle).

[2] Il est notamment question des sadducéens en Matthieu 3:7-10 (Jean-Baptiste traite les sadducéens [et les pharisiens] de “races de vipères”), 16:1-12, 22:23 et 22:34, ainsi qu’en Actes 4:1-3, 5:17-18 et 23:6-8. Actes 23:8 est ainsi libellé: “Les sadducéens disent qu'il n'y a ni résurrection [*], ni ange [**], ni esprit [***], tandis que les pharisiens affirment le contraire”.
[*] Luc 20:27 confirme: “Les sadducéens (...) prétendent qu’il n’y a point de résurrection”.
[**] Ainsi, quand on lit: “Alors le grand-prêtre et tous ceux qui étaient avec lui, c'est-à-dire le parti des sadducéens, (...) firent arrêter les apôtres et les jetèrent dans la prison publique. Mais, pendant la nuit, un ange du Seigneur ouvrit les portes de la prison et les fit sortir” (Actes 5:17-19), on peut être certain que le conteur, en l’occurrence Luc, n’était pas sadducéen.
[***] Exit le Saint-Esprit...

[3] Il est notamment question des pharisiens en Matthieu 3:7-10 (Jean-Baptiste traite les pharisiens [et les sadducéens] de “races de vipères”), 5:20, 9:11-15, 9:34, 12:1-14, 12:24-38, 15:1-20, 16:1-12, 19:3-9, 21:45-46, 22:15-22, 22:34-46 et 23:1-36 (au verset 33, combiné avec les versets 25 et 27, Jésus - qui ne se gênait pas, à l’occasion, pour employer un langage musclé - traite les “pharisiens hypocrites” de “serpents, engeance de vipères”), Marc 7:6 et 12:15, et Luc 12:1. Quant à l’apôtre Pierre, il qualifiait tous les Juifs - qu’ils soient sadducéens, pharisiens ou autres - de “race perverse” (Actes 2:40 in fine; autres traductions rencontrées: “génération perverse”, “pervertie” ou “dévoyée”).
À de multiples reprises, Jésus n'a pas hésité à appeler la malédiction sur les pharisiens: • “Malheur à vous, (...) pharisiens hypocrites” (Matthieu 23:13, 23:14, 23:15, 23:23, 23:25, 23:27 et 23:29; Luc 11:42 et 11:43; dans le même sens, Matthieu 23:16 et Luc 11:44); • “Jésus a dit: «Malheur à eux, les pharisiens, (...)»” (Évangile extra-canonique de Thomas, logion 102).

[4] “Par un seul homme [Adam], le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, (...) ainsi la mort s’est étendue à tous les hommes” (Romains 5:12); • “Par un seul homme, par la faute d'un seul [“celle d’Adam”, Romains 5:14], la mort a régné” (Romains 5:17); • “Ainsi donc, (...) par une seule faute [“celle d’Adam”, 5:14], la condamnation s’étend à tous les hommes” (Romains 5:18); • “Par la désobéissance d'un seul, tous ont été rendus pécheurs” (Romains 5:19; traduction conforme à celle de la Conférence épiscopale italienne).

[5] Voir I Corinthiens 15:8 in fine. Le terme avorton a été adopté par de nombreuses traductions, notamment la Traduction Oecuménique de la Bible [2010], la Nouvelle Bible Segond [2002], la Colombe [1978], la version synodale [huitième revision, Lausanne 1956], la Nuova Riveduta 2006, la Conférence épiscopale italienne, La Nuova Diodati, la Reina-Valera Antigua et les Reina-Valera 1960, 1977 et 1995.

[6] Allusion évidente à Actes 20:24 : "(...) le ministère que le Seigneur Jésus m'a confié" (c’est Paul qui parle; au gré des traductions, on trouve "la mission" ou "le service" ou "la tâche" au lieu de "le ministère").

[7] Saint Augustin: docteur de l’Église latine, né en 354. En 396, il devint évêque d’Hippone (au nord-est de l’Algérie actuelle), où il mourut en 430. Théologien, philosophe, moraliste, il a exercé par ses écrits (La Cité de Dieu, Les Confessions, De la grâce) une influence capitale sur la théologie occidentale.

[8] Cf. Apocalypse 1:1, 1:2, 6:16 (“la colère de l’agneau”; l’auteur de l’Apocalypse appelle Jésus “l’agneau” [8.1]) et 22:16 (qui commence ainsi: “Moi Jésus, j’ai envoyé [...]”).
......... [8.1] • Ésaïe 53:7 avait déjà comparé le Messie à venir à "un agneau". • Si l'on se fie à Jean 1:29 et 1:36, Jean-Baptiste utilisait volontiers l’expression "l’agneau de Dieu" pour désigner Jésus. • On retrouve Jésus comparé à "un agneau" en I Pierre 1:19.

[9] "Malheur à ceux qui se prennent pour sages et se croient intelligents" (Ésaïe 5:21).

[10] Alors que Marguerite n'avait pas encore dix ans, ce commandement: “Tu ne laisseras pas vivre la sorcière” [10.1] avait frappé son esprit au point qu’elle s’était mise à soupçonner son entourage de chercher à la faire passer pour une sorcière afin de pouvoir la faire brûler vive. Dans ces conditions, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'une affreuse sorcière au faciès menaçant soit régulièrement venue la harceler durant son sommeil.
Le rêve en question cessa lorsque Marguerite, devenue adolescente, prit le commandement au pied de la lettre et finit par tordre le cou à la sorcière qui s'était emparée d'elle.
......... [10.1] Exode 22:18 ou 22:17, selon la numérotation retenue (traduction: version synodale, huitième revision, Lausanne 1956; au gré des traductions, on trouve "magicienne" en lieu et place de "sorcière").

[11] "Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je souperai avec lui et lui avec moi" (Apocalypse 3:20).

[12] Comparer avec Jacques 4:8 : "Approchez-vous de Dieu et il s'approchera de vous". Corollaire implicite: "Éloignez-vous de Dieu et il s'éloignera de vous".

[13] • “Le Père est en moi” (Jean 10:38 et 14:11; les deux fois, c’est Jésus qui parle); • “Père, tu es en moi” (Jean 17:21; Jésus en prière s’adresse à son Dieu).
Nota bene: quand Jésus se servait du mot “Père”, c’était pour désigner l'objet de sa foi à lui, non pas le cruel Dieu hébraïque avec lequel il avait rompu.

[14] Une formule du genre "le Père est en moi" implique l’acceptation en son sein d’une force d’occupation étrangère, accompagnée de son cortège de lois [14.1], le sujet se trouvant condamné à renoncer à sa liberté au profit de la force en question, que celle-ci soit bonne ou mauvaise. Une situation d’aliénation mentale au moyen de laquelle Dieu tient en laisse une bonne partie de l’humanité, juifs et musulmans compris.
......... [14.1] Il suffit de penser à la Loi mosaïque [*] ou à la Charia [**].
[*] La Torah (ou, si l’on préfère, le Pentateuque) contient 613 commandements ainsi que divers autres préceptes.
[**] Charia: “Loi canonique islamique régissant la vie religieuse, politique, sociale et individuelle, appliquée de manière stricte dans certains États musulmans” (Le Petit Larousse grand format, édition 2004).

[15] Cf. Luc 24:51 et Actes 1:2.

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18/06/2018

Suite et fin de l'interview de Jésus-Marguerite par Radius Richebon


Radius : Une autre question (ou plutôt: une triple question) que j'aimerais maintenant vous poser: concevez-vous aujourd'hui la vie et le monde de la même manière que lors de votre première venue sur terre? Et cette autre question, corollaire à la précédente: l'enseignement que vous avez dispensé il y a deux mille ans est-il toujours valable? Enfin, dernière demande: avez-vous prévu de vous attaquer directement au jugement dernier ou allez-vous recommencer à prêcher?

Jésus-Marguerite : Si je suis revenu, ce n'est ni pour prêcher, ni pour juger, ni pour sauver le monde. J'ai eu tout le temps, depuis ma montée au ciel, de me rendre compte d'une chose: le Dieu qui m'a été enseigné durant mon enfance n'était qu'un leurre, l'instrument d'une mystification. Par réaction, devenu adolescent je me suis inventé un Dieu à moi, qui régnait sur le monde dans lequel je me trouvais enfermé et satisfaisait mes besoins propres. Mais ce Dieu - j'en suis bien conscient maintenant - n'était que le produit de mon imagination, une construction de mon esprit qui reprenait le portrait de Yahvé brossé par mes ancêtres en le corrigeant sur de nombreux points, à mes yeux essentiels. En vérité, je vous le dis: le vrai Dieu, pour autant qu'il en existe un, n'a rien à voir avec le Dieu mythique des Écritures; il est d'une tout autre nature. Le recul aidant je n'hésite pas à affirmer, aujourd'hui, que le Dieu des trois grandes religions monothéistes n'a pas davantage de réalité que les dieux des mythologies antiques. Des mythologies dans les idées desquelles je ne me suis d'ailleurs pas privé de puiser, qu'il s'agisse de l'iranienne, de la sumérienne, de l'égyptienne, de la grecque ou d'autres.

Radius : Doit-on en conclure que vous ne croyez plus à rien ni à personne?

Jésus-Marguerite : Non! Ma conviction, aujourd'hui, c'est qu'il faut croire à l'Homme. Ou, pour le moins, s'efforcer d'y croire.

Radius : Peut-on parler d'une nouvelle religion?

Jésus-Marguerite : Je préfère ne pas employer ce terme. Simplement, je me suis confectionné ce qu'on pourrait pompeusement appeler une version moderne du décalogue [1], contenant une série de préceptes qui me tiennent désormais lieu de credo.

Radius : Serait-il possible d'en avoir connaissance?

Jésus-Marguerite : Certainement. Je vous en donne volontiers lecture, si vous le souhaitez.

Radius : J'allais précisément vous le demander.

Jésus-Marguerite extrait de son sac à main une feuille de papier et la déplie.

Jésus-Marguerite : J'ai intitulé ce document Les dix recommandations. En voici la teneur:
(1) Tu ne te contenteras pas d’être un honnête homme [2] mais tu remettras tout en question, à commencer par toi-même.
(2) Tu ne t’enfermeras pas dans des habitudes intellectuelles [2] ni dans une surdité volontaire [2] mais tu t’attacheras au contraire à briser la carapace de routines et d’incompréhensions qui t’emprisonnent [3].
(3) Tu prendras de la distance par rapport aux opinions reçues [2] et te méfieras des idées toutes faites; autrement dit, tu agiras d’autorité [4], selon les convictions que tu te seras forgées en pensant par toi-même et non pas en copiant, imitant ou reprenant sans discernement les idées d'autrui [5].
(4) Tu prendras de la distance par rapport aux traditions, aux modes et aux contingences du lieu et du moment.
(5) Tu sauras prendre des risques et feras montre de courage [2] en t’engageant dans la voie du refus des aises, des facilités et des morales confortables [6].
(6) Tu ne te préoccuperas pas de standing ni ne t’empêtreras dans les conformismes [2] et les formalismes qui font obstacle aux grandes décisions [2].
(7) Tu ne te laisseras pas retenir par une quelconque respectabilité bourgeoise [2]; s’il y a lieu, tu heurteras de front les convenances [6].
(8) Tu ne toléreras pas l’intolérable, tu te rebifferas contre le scandale et tu t’indigneras [7] chaque fois qu’il y aura lieu.
(9) Tu ne craindras pas d’être un “signe de contradiction” [8].
(10) En toutes circonstances, tu feras appel à tes connaissances, à tes facultés de discernement, à ta conscience et - last but not least - à ton bon sens [9].

Radius : Tout un programme, en effet. Qu'espérez-vous de la publication de ces recommandations?

Jésus-Marguerite : mon dessein est de donner aux femmes et aux hommes de ce temps des préceptes susceptibles de les orienter et de les guider dans leur quête du divin.

Radius : En somme - si je puis me permettre - ce que l'Évangile a déclaré à votre sujet en Jean 1:7 et 1:8 reste valable: vous êtes revenu dans l'intention de "rendre témoignage à la lumière"?

À peine Radius Richebon eut-il achevé sa phrase qu'une panne d'électricité plongea le bâtiment de la Télévison suisse romande dans l'obscurité. L'activation automatique des circuits de secours demeura sans effet, ceux-ci s'avérant hors d'usage.

C'est alors qu'une voix puissante retentit dans le ciel genevois. Une voix si distincte que même les sourds purent l'entendre. Une voix qui articula, allez savoir pourquoi: "Et la lumière ne fut plus".

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[1] Pour la version biblique du décalogue, voir Exode 20:3-17 et Deutéronome 5:7-21.

[2] Cf. Daniel-Rops, Jésus en son temps, ouvrage publié en 1945, pp. 216 à 219 (sous le sous-titre “Nicodème”) dans la collection Club international du livre - Bruxelles.

[3] Cf. Daniel-Rops, op. cit., p. 307 (sous le sous-titre “Formation des apôtres”)

[4] Cf. Daniel-Rops, op. cit., p. 237 (sous le sous-titre “Jésus enseigne”).

[5] “Pourquoi ne jugez-vous pas par vous-mêmes de ce qui est juste?” (Luc 12:57). En haranguant ainsi la foule, Jésus aurait pu enchaîner: “Et pourquoi ne jugez-vous pas aussi par vous-mêmes de ce qui est bien et de ce qui est mal?” [5.1]. Il semble toutefois s’être abstenu de pousser le bouchon aussi loin - en tout cas lors de ce discours. Tenir un tel propos serait en effet revenu à critiquer publiquement le bien-fondé de l’expulsion d’Adam et Ève du jardin d’Éden - donc, pratiquement, à nier l’existence d’un péché originel. Le sermon de Jésus eût été alors été ressenti par les juifs comme une provocation inadmissible et eût sans doute avancé l’heure de son arrestation.

......... [5.1] Cf. Genèse 2:9, 2:17, 3:5 et 3:22. • Sophonie 1:12 rapporte le cas d’insoumis qui pensaient que “L'Éternel ne fait ni bien ni mal” (traduction Louis Segond et Segond 21; autres traductions rencontrées: ◊ “L'Éternel ne peut faire ni bien ni mal” [version synodale de la Bible, huitième revision, Lausanne/1956 et Traduction Œcuménique de la Bible/2010], ◊◊ “L'Éternel ne fait ni du bien ni du mal” [Bible du Semeur], ◊◊◊ “Le Seigneur ne peut rien faire, ni en bien ni en mal” [La Bible Parole de Vie et La Bible en français courant]).
L’aptitude ou plutôt l’inaptitude de l’être humain à “distinguer le bien et le mal” (II Samuel 14:17, traduction Segond 21; on trouve aussi la traduction “discerner le bien et le mal”) ou à “distinguer le bien du mal” (I Rois 3:9, traduction Segond 21; on trouve aussi les traductions “discerner le bien du mal” et “discerner entre le bien et le mal”) est un thème récurrent dans les religions abrahamiques.

[6] Cf. Daniel-Rops, op. cit., p. 252 (sous le sous-titre “L’action évangélique”).

[7] • “Jésus, voyant cela, fut indigné” (Marc 10:14). • Indignez-vous est le titre d’un manifeste de Stéphane Hessel (1917-2013) publié en 2010 chez Indigène éditions.

[8] Cf. Daniel-Rops, op. cit., p. 287 (sous le sous-titre “Hostilités et résistances”). Voir aussi Luc 2:34: “cet enfant [Jésus] est destiné (...) à devenir un signe qui provoquera la contradiction”.

[9] Cf. Daniel-Rops, op. cit., p. 334 (sous le sous-titre “Sa vie humaine”, dernier paragraphe).

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16/06/2018

Le Jésus nouveau est arrivé !

Une fois de plus l'ange Gabriel, dûment mandaté par Dieu, a été l'artisan de la révélation. Ce même Gabriel qui avait:
- annoncé au prêtre Zacharie [1] que sa femme, Élisabeth, bien que “avancée en âge” [2] et “stérile” [3], allait donner naissance à un enfant, le futur Jean-Baptiste;
- annoncé à la toute jeune Marie, vierge de son état, qu'elle allait, par la grâce du Saint-Esprit [4], accoucher d'un fils, le futur Jésus (cf. Luc 1:26-38 et le Coran XIX:17-21);
- dicté, sur injonction céleste, le Coran à Mahomet [5].

images-1.jpeg Cette fois, c'est à la personne du pape François que Gabriel est apparu. Et, comme à chaque fois qu'il est investi d'une mission divine, Gabriel est parvenu à convaincre le Saint-Père de ses dires. À la suite de quoi ce dernier a convoqué la presse mondiale au Palais du Vatican, où il a lu une déclaration rédigée par ses soins, qui a ensuite été distribuée sous forme écrite aux journalistes présents avant d'être publiée, quelques heures plus tard, sur le site web du Saint-Siège et sur le compte Twitter @pontifex.

Voici la teneur exacte de la déclaration du Saint-Père, qui s'impose à tous les fidèles en vertu du dogme de l’infaillibilité pontificale:

ALLÉLUIA ! JÉSUS EST DE RETOUR, IL EST PARMI NOUS !
Il y a quelque temps j'ai reçu la visite de l'ange Gabriel, qui m'a révélé que Jésus était revenu sur Terre en la personne d'une femme nommée Marguerite, dont il m'a communiqué les coordonnées. J'ai aussitôt invité cette personne à me rendre visite et, après avoir longuement parlé avec elle, j'ai acquis l'absolue certitude qu'il s'agissait bien du Jésus des Évangiles, revenu sur Terre pour nous parler. Imaginez mon émotion: la promesse des Écritures s'est réalisée, et cela sous mon pontificat!
Je n'en dirai pas plus. La suite est entre les mains de Dieu. Jésus étant revenu, il m'appartient de m'effacer.


On s'en doute, la nouvelle fit l'effet d'une bombe. Journalistes du monde entier partirent à la recherche de la mystérieuse Marguerite, chacun espérant être le premier à pouvoir l'interviewer. Ils ne tardèrent pas à la localiser, dans un paisible village francophone au nom prédestiné: Le Lieu.

images-1.jpeg Sollicitée de toutes parts, Jésus alias Marguerite commença par accorder une interview à Radius Richebon, le présentateur vedette de la Télévision suisse romande. Ci-après, la transcription certifiée conforme du début de l’entretien, qui eut pour cadre l’émission «Pardonnez-moi».

Radius : Merci, votre seigneurie, d'avoir accepté notre invitation: c'est un grand honneur pour nous. Mais dites-moi, comment doit-on vous appeler: Marguerite ou Jésus?
Jésus-Marguerite : Appelez-moi Jésus, si vous le voulez bien. Car si je suis à la fois l'une et l'autre, je fus d'abord Jésus et Jésus je suis resté.
Radius : Fort bien. Ainsi monseigneur, vous êtes quand même revenu! Vous savez qu'on avait presque cessé d'y croire, à votre retour?
Jésus-Marguerite : Après avoir erré pendant près de deux mille ans dans les cieux et n'y avoir trouvé ni Dieu, ni anges, ni paradis, ni enfer, je me suis dit que la vie sur cette terre avait quand même du bon. Alors je suis revenu.
Radius : C'est tout bénéfice pour notre planète! Si vous permettez, votre éminence: il y a une question qui me brûle les lèvres et que je souhaiterais vous poser en priorité.
Jésus-Marguerite : Je vous en prie.
Radius : Merci, votre grâce. Voici cette question: doit-on admettre que le pain et le vin de l’eucharistie [6] sont “réellement, vraiment et substantiellement” votre chair et votre sang, comme nous l'enseigne l'Église catholique, ou bien ne faut-il pas plutôt rechercher dans vos déclarations d'il y a bientôt deux mille ans un sens symbolique ou figuré ?
Jésus-Marguerite : À l’époque, tout le monde connaissait cette maxime: “Venez, mangez de mon pain, et buvez du vin que j’ai préparé” (Proverbes 9:5). Dans ce texte, attribué au roi Salomon, quel est ce sujet qui parle ainsi à la première personne du singulier? Ce n’est autre que... “la sagesse” (Proverbes 9:1). En invoquant implicitement ce passage des Écritures, j’ai voulu signifier aux apôtres que le pain et le vin de la vraie sagesse se trouvaient dans ma chair et dans mon sang, c’est-à-dire en moi, au plus profond de mon être, et qu’il leur était possible de goûter à ce pain et à ce vin (c’est-à-dire à la vraie sagesse) s’ils se conformaient à mon enseignement. Mon propos était de les inviter à demeurer fidèles à ma doctrine, à cette sagesse qui était mienne et que j’avais essayé de leur inculquer. Avec l’espoir que mon message aurait suffisamment pénétré leur esprit pour qu’il puisse continuer à se propager par leur intermédiaire, que ma justice et mon amour se soient suffisamment introduits dans leurs fibres et dans leur coeur pour qu’ils me survivent et s’en aillent gagner le plus grand nombre.
Radius : Alors, le dogme de la transsubstantiation...
Jésus-Marguerite : Une élucubration! Une fake news! Dans l’Évangile selon Jean, rédigé plusieurs dizaines d’années après les synoptiques, les auteurs se laissent emporter par leur imagination et dérapent, tombant dans des excès coupables: en reformulant indûment mes propos, il les rendent méconnaissables - ils les trahissent. Le drame, quand on laisse un message derrière soi, c’est qu’il risque de se trouver tôt ou tard déformé sans que l’on ne puisse plus intervenir pour dénoncer les dérives ou corriger les erreurs d’interprétation.
Radius : Merci, Maître, pour cette mise au point magistrale (c'est le cas de le dire), qui devrait sonner le glas d'une doctrine controversée, et cela au sein même des Églises.

(à suivre)
——————————

[1] “L’ange lui répondit [à Zacharie]: «Je suis Gabriel, je me tiens devant Dieu; j’ai été envoyé pour te parler, et pour t’annoncer cette bonne nouvelle»” (Luc 1:19).

[2] Luc 1:7 et 1:18, confirmés par Luc 1:36.

[3] Luc 1:7 et 1:36, ainsi que Le Coran III:40, XIX:5 et XIX:8.

[4] “Voici de quelle manière arriva la naissance de Jésus-Christ. Marie, sa mère, ayant été fiancée à Joseph, se trouva enceinte, par la vertu du Saint-Esprit, avant qu’ils aient habité ensemble” (Matthieu 1:18).

[5] • C’est lui [Gabriel] qui, avec la permission de Dieu, a fait descendre cette révélation sur ton coeur (Le Coran, sourate II, verset 97. Par cette révélation, il faut comprendre Le Coran).
Ce [livre, c’est-à- dire Le Coran] n’est en fait qu’une révélation inspirée que lui a enseignée un être d’une force prodigieuse, doué d’une sagacité inouïe, qui se manifesta devant lui sous sa forme angélique, alors qu’il se trouvait à l’horizon suprême (Le Coran LIII:4-7; c’est Mahomet qui parle. Le prophète de l'islam emploie volontiers la troisième personne pour se désigner lui-même, d'où le pronom “lui alors que l'on aurait attendu “m'a” plutôt que lui a. Par forme angélique, il faut entendre l'ange Gabriel).
Je jure (...): ceci [Le Coran] est la parole d’un noble Messager [Gabriel, relayé par Mahomet]” (Le Coran LXXXI:15-19; c’est Mahomet qui l’affirme).

[6] «http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/eucharistie/31621» définit ainsi l'eucharistie: “Sacrement qui, selon la doctrine catholique, contient réellement le corps et le sang du Christ sous les apparences du pain et du vin”.
Le rite de l'eucharistie occupe une place centrale dans la doctrine et la vie religieuses de la plupart des confessions chrétiennes. Il trouve son origine dans la sainte Cène, ce repas au cours duquel Jésus, la veille de son arrestation, distribua du pain et du vin aux apôtres en leur disant : • “Prenez, mangez, ceci est mon corps” (cf. Matthieu 26:26, Marc 14:22 et Luc 22:19), • “Buvez-en tous; car ceci est mon sang” (Matthieu 26:27-28; dans le même sens: Marc 14:23 et Luc 22:20) et • “Faites ceci en mémoire de moi” (Luc 22:19 in fine). [6.1]
“Interprétant littéralement les paroles de Christ «ceci est mon corps, ceci est mon sang», les catholiques romains enseignent que le pain et le vin sont transformés, bien que leur apparence ne change pas, et qu’ils deviennent véritablement le corps et le sang de Christ lorsque «le prêtre prononce la formule de consécration des éléments». C’est ce qu’on appelle dans le langage courant la présence réelle du Christ due au miracle de la transsubstantiation” («https:// fr.wikipedia.org/wiki/Sainte-Cène», état au 20 janvier 2018). Ce point de vue n’est pas partagé par les protestants.
Étant admis que le pain (l’hostie) se transforme en chair christique et le vin en sang christique, il s'ensuit que la communion catholique est un acte d’anthropophagie caractérisé. I Timothée 3:16 explique qu’en la personne de Jésus, “Dieu est apparu comme un homme” (traduction Segond 21), il “s’est manifesté en chair” et en os (d’après la traduction de La Nuova Diodati). En d’autres termes: Jésus fut incarnation de Dieu. Cela signifie que lors de la communion, non seulement les chrétiens se conduisent comme des cannibales mais en plus ils mangent du Dieu, s’adonnant ainsi à une théophagie d’un goût douteux. Ce qui légitime l’épithète de “bouffe-Seigneur” qu'on leur applique parfois, sans qu’il soit nécessaire de préciser si le terme “Seigneur” désigne plutôt le Père ou plutôt le Fils.

......... [6.1] Le culte de Mithra [6.1.1] connaissait lui aussi un repas rituel, que l'on peut rapprocher de l'eucharistie chrétienne. Les découvertes archéologiques montrent que les aliments consommés lors de cette cérémonie païenne étaient du pain et du vin, comme dans le rite chrétien. Comme quoi les religions nouvelles font parfois des emprunts aux plus anciennes - sans doute pour mieux les phagocyter.

.................. [6.1.1] Le culte de Mithra était déjà répandu en Inde et en Iran plus de mille cinq cents ans avant J.-C. À partir du premier siècle avant J.-C., il se propagea dans tout l’Empire romain, inclus la Grande-Bretagne, atteignant son apogée au cours images-1.jpegdes deuxième et troisième siècles. Il fut en concurrence avec le christianisme jusqu’au quatrième siècle [6.1.1.1]. On a retrouvé des vestiges de sanctuaires mithraïques principalement à Rome, en France, en Angleterre, en Belgique, en Hesse (Allemagne), en Valais (Suisse), en Galice (Espagne), en Palestine, en Syrie orientale, en Roumanie et en Numidie (nord de l’Afrique).
Grandeur et décadence des religions...

........................... [6.1.1.1] L’une des raisons (outre la conversion de l’empereur Constantin) avancées pour expliquer à la fois le déclin du mithraïsme et l’essor du christianisme est que les femmes, pratiquement exclues du culte de Mithra, avaient le droit de participer au culte chrétien (source: http://fr.wikipedia.org/wiki/Culte_de_Mithra).

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14/06/2018

Le pape restera à Genève un jour de plus !

images-2.jpegLe pape a décidé de profiter de sa venue dans la cité de Calvin pour frapper un grand coup.
Une opération marketing sans précédent.

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13/06/2018

Mais où Dieu loge-t-il donc?

Le roi Salomon, qui entretenait des relations privilégiées avec Dieu, entreprit de le faire enfermer, comme il convient de tout individu représentant un danger pour la collectivité. À cet effet, il fit construire à Jérusalem, de 960 à 953 avant J.-C., une prison de luxe appelée “le Temple” (cf. I Rois 8:13 et II Chroniques 6:2: “J’ai achevé de bâtir une maison qui sera ta résidence, ô Dieu, une demeure où tu habiteras éternellement”). Mais l’édifice fut détruit en 587 avant J.-C. par les armées babyloniennes de Nabuchodonosor et Dieu en profita pour prendre la clé des champs. Un second Temple, érigé au début du sixième siècle avant J.-C., après le retour de la captivité, fut remplacé par un troisième, dont la construction, décidée par Hérode le Grand, roi de Judée, débuta aux alentours de 20 avant J.-C. Hélas, comme chacun sait, le nouveau Temple fut rasé par les Romains en 70 après J.- C., en même temps que le reste de la ville. Depuis lors, privé de sanctuaire (le Temple, en effet, n’a jamais été reconstruit [1]), Dieu mène la vie errante des fugitifs et des latitants, prenant mille et une formes et autant de visages, trouvant abri par-ci, asile par-là [2] et refuge par ailleurs, dormant un jour dans une synagogue, le lendemain dans une église et le jour suivant dans une mosquée [3]. Certains, s’appuyant sur I Chroniques 17:3-5 (“La parole de Dieu fut adressée à Nathan en ces mots: «(...) Je n’ai fait d’aucun temple ma demeure, mais j’ai été de tente en tente»”), pensent même que le Seigneur a repris ses anciennes habitudes et qu’il hante les terrains de camping et de caravaning. Bien des gens sont à sa recherche mais personne ne sait à quoi il ressemble, ni qui il est vraiment. La plupart fouillent dans des endroits sombres et lorsqu’on leur demande pourquoi, ils répondent: parce que “l’Éternel a déclaré qu’il habiterait dans l’obscurité” (I Rois 8:12 et II Chroniques 6:1) [4]. Une chose est sûre: “En vérité, tu es un Dieu qui te caches, Dieu d'Israël” (Ésaïe 45:15) [5]. De temps en temps, quelqu’un affirme: «J’ai trouvé Dieu»; mais quand on vérifie, il n’y a que du vent, ou alors une ombre insaisissable. Ce qui a conduit Salomon à s’exclamer: “Mais quoi! Est-il vrai que Dieu habite sur la terre?” (I Rois 8:27) [6]. Or, Salomon “était plus sage qu’aucun homme” (I Rois 4:31) – du moins si l’on en croit son biographe, qui fut sans doute grassement rétribué pour écrire cette énormité [7]. Enhardis par l’interrogation de Salomon, certains sont allés plus loin en se posant sérieusement la question: “Mais quoi! Est-il vrai que Dieu est vivant?”. Pis: d’affreux incrédules, prenant leurs noirs désirs pour des réalités, n’ont pas hésité à proclamer haut et fort: “Dieu est mort!” [8]. Or, le nombre élevé de personnes qui persistent à croire en lui montre à l’évidence que Dieu n’est pas mort et que, dans ce domaine, tout reste à faire.

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[1] On dispose pourtant de plans détaillés en vue de l’édification d’un nouveau Temple. Exposés par Ézéchiel aux chapitres 40 et ss. de son livre, ces plans offrent l’avantage de répondre en tous points à la volonté du Dieu très saint. Celui-ci a d’ailleurs indiqué, commentant ce projet grandiose: “Voici l’emplacement de mon trône, l’endroit où se posera la plante de mes pieds. C’est là que j’habiterai pour toujours, au milieu des enfants d’Israël” (Ézéchiel 43:7, qui complète Ézéchiel 37:27 : “Ma demeure sera parmi eux [les enfants d’Israël]; je serai leur Dieu et ils seront mon peuple” [1.1).La question reste d’actualité: à quand - et par qui - la réalisation de cette nouvelle - et ultime - maison du Seigneur? Car l’intéressé a fait savoir qu’étant las de la vie de bohème et aspirant à prendre sa retraite - une retraite aussi éternelle que méritée, faut-il le préciser -, il désirait passer le reste de sa vie en savourant, dans les murs de son palais, la joie, le romantisme et la simplicité des holocaustes et autres sacrifices de taureaux, de boucs, de béliers et d’agneaux (cf. Ézéchiel 43:19, 43:22-23, 43:25, 45:18, 45:21-25, 46:4-7 et 46:13) qui faisaient jadis ses délices, allant jusqu’à désigner à l’avance les prêtres qui seraient autorisés, tout “de lin” vêtus (y compris les “caleçons”, cf. Ézéchiel 44:17-18), à le “servir” (Ézéchiel 44:15-16), à effectuer les aspersions de sang (cf. Ézéchiel 43:18 in fine) et à lui “offrir la graisse et le sang” (Ézéchiel 44:15 in fine) des bêtes abattues. Tout cela devant avoir pour cadre cette bonne vieille ville de Jérusalem (Jérémie 3:17 : “En ce temps–là, on appellera Jérusalem «Le trône de l’Éternel»” [1.2]) [1.3].

Il ne faudra pas s’étonner si, un de ces jours, l’Éternel pique une de ces colères dont il a le secret parce qu’on ne lui aura pas encore reconstruit le home, sweet home que, par la voix du prophète, il réclamait déjà il y a deux mille six cents ans et qui fut plusieurs fois détruit au cours des siècles, en dernier lieu par les Romains [1.4]. À moins, bien entendu, que les visions d’Ézéchiel, de Jérémie et de Jean l’Apocalypsien, loin d’être d’inspiration divine, n’aient été que le fruit de leur imagination délirante.

......... [1.1] Un peu plus d’un demi-siècle après la mort de Jésus, Jean l’Apocalypsien confirmera le prophète Ézéchiel: • “J'entendis une voix forte venant du ciel, qui disait: «Voici le tabernacle [1.1.1] de Dieu parmi les hommes! Il habitera avec eux, ils seront son peuple et Dieu lui-même sera avec eux»” (Apocalypse 21:3); • “Le trône de Dieu et de l'Agneau [lire: Jésus] sera dans la ville [lire: Jérusalem]; ses serviteurs lui rendront un culte et verront son visage” (Apocalypse 22:3-4).

.................. [1.1.1] Dans de nombreuses traductions (Traduction Oecuménique de la Bible / 2010, Conferenza Episcopale Italiana, Nueva Versión Internacional, La Palabra, World English Bible, Revised Standard Version, etc.) on trouve “la demeure” en lieu et place de “le tabernacle”.

......... [1.2] Trente chapitres plus loin, le même prophète affirme que Jérusalem portera le nom de "«L'Éternel est notre justice»" (Jérémie 33:16).

......... [1.3] À moins que l’équipe de pasteurs et de théologiens dirigée par l'exégète Frédéric Godet (1812-1900) n’ait vu juste en situant le nouveau Temple quelques dizaines de kilomètres au nord de Jérusalem: “Il nous paraît hors de doute que la situation de la contrée de Silo et Béthel répond seule aux conditions de l'emplacement désigné. Il suffit d'un coup d'oeil sur la carte de la Terre Sainte pour se convaincre que cette localité est le centre topographique du pays (tel qu'Ezéchiel l'a délimité), aussi bien dans la direction du nord au sud que dans celle de l'ouest à l'est” («http://www.levangile.com/Bible-Annotee-Ezechiel-48.htm#notes», note ad versets 15 à 19). Ézéchiel 48:35 précise que “le pourtour de la ville fera neuf kilomètres et, dès ce jour, le nom de la ville sera «l'Éternel est ici»”.

......... [1.4] On s’en voudrait de ne pas mentionner ici un épisode assez mal connu. Soixante ans après la destruction du Temple de Jérusalem par les armées de Titus, un juif nommé Siméon Ben Koziva, plus connu sous son surnom de Bar Kokhba
(qui signifie “Fils de l'Étoile”), se mit en tête, avec quelques autres, de reconstruire le Temple. Il organisa une armée, instaura un état juif indépendant en terre de Judée et livra bataille aux Romains, anéantissant avec ses hommes une légion entière. Il fallut aux Romains trois ans (132 à 135) et le recours à douze légions (certaines venues de Bretagne et du Danube) pour venir à bout de la révolte (source: «http://www.marianne.net/Les-plus grandes-erreurs-de-l-histoire_a230294.html»). “À la suite de l'écrasement de cette révolte, l'empereur Hadrien ordonne la destruction de la totalité de Jérusalem, celle-ci est rasée et le gouverneur romain passe symboliquement une charrue sur son espace. Hadrien fait bâtir une ville grecque sur ces ruines, d'une dimension plus petite que l'ancienne cité de Jérusalem et la nomme Colonia Aelia Capitolina. Il fait construire des temples païens sur les lieux de pèlerinage. Les Juifs sont alors interdits de cité dans la ville et dans ses environs, sous peine de mort, jusqu'à l'empereur Antonin le Pieux” («http://fr.wikipedia.org/wiki/Temple_de_Jérusalem», état au 5 août 2013; Antonin le Pieux régna de 138 à 161, alors que l’Empire romain était à son apogée) [1.4.1]. Cet épisode est révélateur de la mentalité du Tout-Puissant: d’un côté, il réclame la construction d’un Temple où il puisse venir définitivement s’installer au milieu de son peuple et de l’autre, quand ses fidèles décident de s’atteler à la tâche, il les en empêche en faisant s’abattre sur eux tous les malheurs de la terre.
Il faudrait qu’il sache ce qu’il se veut, le vieux.

.................. [1.4.1] Comme on le sait, Jérusalem fut conquise en 638 par des armées venues d’Arabie et la Mosquée Al-Aqsa fut érigée sur les ruines du temple juif.

[2] On imagine ce pauvre Éternel faisant du porte à porte et quémandant: “Pitié, mon bon seigneur! Je suis sans logis! Dieu n’a-t-il pas dit, en Ésaïe 58:7 : «Offre l’hospitalité aux malheureux sans asile»?”.

[3] On relèvera, en passant, que lorsque “David avait dit: «L’Éternel, le Dieu d’Israël, (...) demeurera à Jérusalem pour toujours»” (I Chroniques 23:25; dans le même sens: Psaumes 132:13-14), ce n’est pas seulement le doigt qu’il s’était fourré dans l’oeil jusqu’à l’omoplate, mais un fétu gros comme une poutre. Comme quoi les hommes, prophètes compris, seraient bien inspirés de ne jamais dire “pour toujours”, ou “éternellement”, ou “à jamais”.

[4] Psaumes 97:2 confirme, en parlant de l’Éternel, que “des nuées sombres et l'obscurité l’environnent”. De son côté, I Timothée 6:16 affirme que Dieu “habite une lumière inaccessible” [4.1]. Certains en ayant déduit que le Seigneur était lui-même inaccessible, ils ont cessé de le chercher. Ce qui a le don d’exaspérer les obscurantistes et complique la tâche de ceux qui cherchent à y voir clair.

......... [4.1] Ainsi Dieu, qui “habite une lumière inaccessible” (comme le dit Paul), habite en même temps “dans l’obscurité” (I Rois 8:12 et II Chroniques 6:1). Si pour un non croyant, cela peut paraître incohérent, un croyant vous expliquera que tout devient clair quand on prend connaissance des versets suivants: • “Les ténèbres ne sont pas obscures, la nuit brille comme le jour, les ténèbres sont pareilles à la lumière” (Psaumes 139:12; corollaire: la lumière est pareille aux ténèbres, le jour est aussi sombre que la nuit et la lumière n’est pas claire); • “La lumière est semblable aux ténèbres” (Job 10:22); • “Malheur à ceux (...) qui changent les ténèbres en lumière et la lumière en ténèbres” (Ésaïe 5:20); • “La lumière luit dans les ténèbres” (Jean 1:5); • “La lumière sera obscurcie par d’épaisses nuées” (Ésaïe 5:30 in fine); • “Il [l’Éternel] la réduira [la lumière] en obscurité profonde” (Jérémie 13:16).
Si l’on admet, comme l'enseigne Matthieu 20:16, que "les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers" [4.1.1], il n’est pas difficile de prévoir que la lumière sera les ténèbres et que les ténèbres seront la lumière. C’est ainsi que Méphistophélès, Prince des Ténèbres, sera promu au rang de Prince de la Lumière, tandis que l’actuel Dieu de lumière (cf. I Jean 1:5) sera plongé à son tour dans les ténèbres. Déjà, on entend s’élever la clameur populaire: “Vive Lucifer au plus haut des cieux, l’Ange de lumière a terrassé Dieu!” (variante: “nous a délivrés de Dieu”). Et il ne se trouvera plus personne pour vendre son âme au diable puisque tout le monde la lui offrira de bon coeur.

.................. [4.1.1] Une perspective qui rend fort aise le lièvre de la fable, dont on connaît la devise: “Rien ne sert de partir à point, ni d’ailleurs de courir”. De se hâter, même lentement, dame tortue a eu grand tort; ce péché d’orgueil lui vaudra mille morts. Car, comme chacun sait, le tort tue.

[5] Dans Ésaïe 57:17, le Très-Haut (57:15) confirme: “Dans mon indignation, je me suis caché” (ou: “j’ai caché ma face”).

[6] Dans II Chroniques 6:18, on trouve cette formulation encore plus explicite: “Mais quoi! Est-il vrai que Dieu habite avec l’homme, sur la terre?”. Selon II Chroniques 2:6 (dans le même sens: I Rois 8:27 et II Chroniques 6:18), Salomon aurait ajouté: “Les cieux, même les cieux des cieux, ne sauraient le contenir” [6.1]. Et de se demander (II Chroniques 2:6): “Qui suis-je, pour lui construire un temple?” .

......... [6.1] C’est sans doute en raison de cette impossibilité pratique que le Psaume 113 situe la divine demeure au-delà des cieux: “Il habite dans des lieux très hauts, et il s’abaisse pour voir le ciel et la terre” (versets 5-6) [6.1.1]. Il paraît donc acquis que l’Éternel a planté sa tente au-dessus du ciel [6.1.2] et qu’il sera difficile d’aller l’y déloger. Quant à savoir, à ces hauteurs inatteignables pour l’être humain, s’il fait clair ou s’il fait sombre, les avis divergent. Le roi David était de l’opinion que, pour Dieu, “les ténèbres ne sont pas obscures, la nuit brille comme le jour, les ténèbres sont pareilles à la lumière” (Psaumes 139:12); mais cette théorie ne résout pas le problème puisqu’elle est aussitôt neutralisée par son corollaire, qui s’impose avec la même douteuse évidence: la lumière est pareille aux ténèbres, le jour est aussi sombre que la nuit et la lumière est loin d’être claire. Quant à la célèbre réplique de Rodrigue: “cette obscure clarté qui tombe des étoiles” (Pierre Corneille, Le Cid, acte IV, scène 3), elle n’a pas contribué à éclaircir le débat.
Psaumes 148:4 permet de se faire une idée plus concrète de l’habitat occupé par l’Éternel en orientant les recherches vers les “eaux qui [sont] au-dessus des cieux” (ou, selon une traduction plus libre, les “océans suspendus au-dessus des cieux”). Il ne s’agit point là d’une théorie farfelue imaginée par le psalmiste mais d’une émanation de Genèse 1:6-8, qui enseigne: “Dieu dit: «Qu'il y ait une étendue entre les eaux, et qu'elle sépare les eaux d'avec les eaux». Dieu fit l'étendue, et il sépara les eaux qui sont au-dessous de l'étendue d'avec les eaux qui sont au-dessus de l'étendue. Et cela fut ainsi. Dieu appela cette étendue «cieux»” [6.1.3]. La question qui se pose dès lors est: Dieu ayant établi son campement au-dessus de “l’étendue” (c’est-à-dire au-dessus des cieux, donc dans l’eau), est-il amphibie [6.1.4] ou bien a-t-il simplement les pieds dans l’eau? [6.1.5] Logiquement, la réponse à cette question devrait aussi valoir pour ses anges. Le fait qu’on n’ait jamais vu ou entendu parler d’anges munis de nageoires ou de branchies constitue assurément un indice. Mais qui est vraiment désireux (et surtout: n’a pas peur) de découvrir la vérité doit prendre encore davantage de hauteur; c’est alors qu’une solution se dessine: celle d’un univers composé d’un empilement où chaque couche “eaux” serait suivie d’une couche “cieux”, indéfiniment [6.1.6]. Avec, par-ci par-là, des bouts de “terre” émergeant des eaux (cf. Genèse 9-10). Mais alors, se sont interrogés certains, que viennent faire, dans tout ça, les nuages qui obscurcissent le ciel? La Bible, comme toujours, donne la réponse: “Les nuées sont la poussière de ses pieds” (Nahum 1:3 in fine). Ainsi, les nuages étant constitués de particules d’eau très fines, on en conclut que quand Dieu marche, il marche sur l’eau. Une preuve indéniable de la filiation divine de Jésus puisque celui-ci se plaisait à traverser les lacs à pied [6.1.7], faculté qui fait cruellement défaut au commun des mortels [6.1.8].

.................. [6.1.1] On mesure à quel point il était puéril et illusoire de vouloir faire tenir Dieu dans un tabernacle ou l’enfermer dans un Temple. Luc, s’appuyant sur Ésaïe 66:1, le déclare d’ailleurs formellement en Actes 7:48-49 : “Le Très-Haut n'habite pas des édifices construits par la main de l’homme; comme dit le prophète: «Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied. Quel genre de maison pourriez-vous me bâtir, dit le Seigneur (...)?»”. Et saint Paul de confirmer: “Dieu, qui a fait le monde et tout ce qui s'y trouve, et qui est le Seigneur du ciel et de la terre, n'habite pas dans des temples bâtis de mains d'hommes” (Actes 17:24).

.................. [6.1.2] “Au-dessus du ciel (...) apparaissait une forme de trône, semblable par son aspect à un saphir, et sur cette forme de trône apparaissait quelqu’un dont l’aspect ressemblait à celui d’un homme” (Ézéchiel 1:26; deux versets plus loin, on comprend que le trône dont parle le prophète est celui de l’Éternel).

.................. [6.1.3] À en croire la Genèse, les eaux ont donc précédé les cieux. Voilà qui permet de dégager au moins une certitude: à la question «où Dieu logeait-il au premier jour, avant qu’il ne crée les cieux (le deuxième jour [6.1.3.1]) et la terre (le troisième jour [6.1.3.2])?», une seule réponse possible: «dans l’eau» [6.1.3.3]. C’était l’époque de Dieu-poisson, dont le souvenir donne lieu, chaque premier avril, aux joyeuses célébrations que l’on sait. Car le premier avril est une fête religieuse, il convient de ne pas l’oublier.
Genèse 3:19 (prolongé, entre autres, par Psaumes 22:16, 90:3 et 104:29, par Job 10:9, par Ecclésiaste 3:20 et 12:7 [ou 12:9, selon la numérotation adoptée], ainsi que par de nombreux versets du Coran) affirme que l’homme est issu de la poussière (ou: de la terre) et qu’il retournera à la poussière (ou: à la terre). À partir de là certains non-conformistes, à la fois non-juifs, non-chrétiens et non-musulmans, convaincus que le dieu des juifs, des chrétiens et des musulmans n’était ni éternel, ni immortel, ni quoi que ce soit, se sont crus autorisés à affirmer que Dieu, né de l’eau et dans l’eau, était destiné à y retourner pour y affronter sa propre mort. Affaire à suivre, comme on dit.
........................... [6.1.3.1] Cf. Genèse 1:6-8.
........................... [6.1.3.2] Cf. Genèse 1:9-13.
........................... [6.1.3.3] L’existence de cette eau primordiale permet de mieux comprendre cette assertion de l’épistolier: “Ils [les cieux et la terre] périront mais toi [Dieu], tu subsistes” (Hébreux 1:11; là où l’on trouve généralement “tu subsistes” ou ”tu demeures”, la Bible Martin a choisi de traduire “tu es permanent”). Car l’eau est inépuisable. Petite question: à supposer que l’eau soit changée en sang, Dieu continuera-t-il à subsister?

.................. [6.1.4] Cette hypothèse a été vigoureusement critiquée. Selon ses détracteurs, si Dieu était amphibie, alors l’homme le serait aussi puisque Dieu, le sixième jour, l’a créé à son image. Or chacun sait que si la grenouille, par exemple, est amphibie, l’homme, lui, ne l’est pas. À partir de ce double constat et puisque personne ne prétend que la grenouille a été créée à l’image de Dieu, force est d’admettre que celui-ci n’est pas amphibie. Certains ont cru bon de faire remarquer que l’homme avait inventé le scaphandre, ce qui le rend amphibie à volonté. Mais cela ne prouve pas que Dieu soit scaphandrier à ses heures. Car non seulement Dieu n’est pas à l’image de l’homme mais surtout il est tout-puissant. Il n’a donc pas besoin de scaphandre pour être amphibie. Et qu’on ne vienne pas insinuer que Dieu, créature aquatique à l’origine, se serait ensuite adapté à la vie céleste en vertu de la théorie de l’évolution des espèces.

.................. [6.1.5] Il faut mentionner ici le début du troisième verset du Psaume 104, qui est d’interprétation difficile; selon la traduction adoptée par la Bible des Témoins de Jéhovah, Dieu “bâtit ses chambres hautes avec des poutres dans les eaux”. Jéhovah ferait cela les doigts dans le nez mais beaucoup pensent que ses Témoins de Jéhovah se fourrent le doigt dans l’oeil.

.................. [6.1.6] • On voudra bien imaginer cet empilement comme étant courbe, au point d’être circulaire sur un plan et sphérique dans l’espace [6.1.6.1]. • Selon Le Coran II:29 et LXXI:15, le ciel serait organisé en sept cieux superposés. À noter que l’univers comportait déjà sept cieux dans la cosmologie babylonienne.

........................... [6.1.6.1] Thalès de Milet (~625-~547 av. J.-C. [6.1.6.1.1]) s’imaginait la terre comme un disque plat (ou à peu près plat) [6.1.6.1.2], posé sur l’eau. C’est en accord avec cette antique conception qu’Ésaïe 40:22 parle de Dieu comme de “Celui qui trône sur le disque de la terre” (autres traductions rencontrées: “Celui qui est assis au-dessus du cercle de la terre”, “Celui qui siège au-dessus de l’horizon terrestre”). De même, si Zacharie 9:10 in fine et Michée 5:4 in fine (ou 5:3 in fine, selon la numérotation adoptée) ont évoqué les “extrémités de la terre” [6.1.6.1.3], c’est qu’ils croyaient que celle-ci était un disque plat.
.................................... [6.1.6.1.1] Pour mémoire, la captivité des Juifs à Babylone commence en 587 et s’achève en 538.
.................................... [6.1.6.1.2] La sphéricité de la terre ne sera reconnue qu’à partir de Platon (~427-348/347) et surtout d’Aristote (384-322). À noter que depuis Newton (1642-1727) la terre n’est plus tout à fait ronde puisqu’elle est boursouflée à l’équateur et aplatie aux pôles.
.................................... [6.1.6.1.3] Selon les traductions, on rencontre “limites” ou “confins” au lieu de “extrémités”. La Vulgate traduit la fin de Zacharie 9:10 par “ad fines terrae” et la fin de Michée 5:3 ou 5:4 par “ad terminos terrae”.
Dans la traduction Louis Segond de la Bible, l’expression “extrémités de la terre” apparaît trente-neuf fois, dont quatre dans le Nouveau Testament: Matthieu 12:42 et Luc 11:31 (Vulgate: “a finibus terrae”), ainsi que Actes 1:8 in fine (Vulgate: “ad ultimum terrae”) [6.1.6.1.3.1] et Actes 13:47 in fine (Vulgate: “ad extremum terrae”).
............................................. [6.1.6.1.3.1] Dans ce verset, la personne qui fait référence aux “extrémités de la terre” n’est autre que Jésus, fils de Dieu et Dieu lui-même aux yeux des chrétiens.

.................. [6.1.7] Beaucoup pensent que si Jésus marchait sur l’eau, c’est qu’il ne savait pas nager. Mais cela n’explique pas comment il s’y prenait pour se déplacer à la surface des flots. En fait, l’explication est simple: Jésus avait tellement multiplié les poissons que le lac en était rempli à ras bord; d’où cette impression que le Nazaréen marchait sur l’eau alors qu’en réalité il marchait sur des poissons. Et pour peu que deux gros poissons se présentent sous ses pieds, il était en mesure de se faire conduire d’une rive à l’autre sans même avoir à faire un pas. La question de savoir pourquoi Pierre commença à s’enfoncer quand il essaya de rejoindre Jésus sur les flots (cf. Matthieu 14:27-32) fait l’objet de controverses. Matthieu 14:30 donne deux indices: “le vent était fort” et “Pierre eut peur”. Dans ces circonstances on peut supposer que Pierre, n’ayant ni les aptitudes ni l’entraînement de Jésus, communiqua sa frayeur aux poissons qui le supportaient. Ceux-ci se mirent alors à faire des écarts, ce qui se traduisit par une instabilité accrue sous les pieds de l’apôtre, lequel fut pris de panique au point d’appeler son Maître au secours, perdant de vue que celui-ci ne l’aurait jamais invité à le rejoindre s’il y avait eu le moindre risque. Il y a tout lieu de penser que si n’importe quel autre disciple se trouvant dans la barque (cf. Matthieu 14:22) avait été à la place de Pierre, il se fût montré moins craintif et plus dégourdi et n’aurait pas eu besoin de réclamer de l’aide. D’ailleurs, la Bible ne dit pas que les autres disciples n’ont pas marché sur l’eau, elle dit seulement que Pierre ne s’est pas montré à son avantage dans cet exercice [6.1.7.1].

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Si l’on considère le fait de marcher sur l’eau comme un miracle, est-ce qu’un paquebot qui fluctuat nec mergitur en transportant trois mille passagers n’en constitue pas un, lui aussi? Et que dire de la faculté qu’ont les sous-marins de se déplacer sous l’eau aussi bien qu’en surface? Que dire encore de ces avions de ligne survolant les océans avec trois cents personnes à bord? Et de ces hommes qui sont allés marcher sur la lune? Et de ces robots, conçus et fabriqués sur terre, qui sillonnent la surface de Mars? Comme si tout cela allait de soi. Les hommes ont parfois une curieuse manière de s’étonner de telle ou telle chose et de considérer telle ou telle autre comme naturelle.
Si Prométhée avait eu le pouvoir de marcher sur les eaux, il en aurait disposé comme il le fit du feu: en en faisant cadeau aux hommes. Mais n’est pas Prométhée qui veut. À la décharge de Jésus, il faut admettre que les hallucinations de ses disciples et les hyperboles de certains rédacteurs des Évangiles ne lui sont pas imputables. Le lecteur avisé ne s’y est d’ailleurs pas trompé: si les apôtres ont pu avoir l’impression que Jésus venait à leur rencontre en marchant sur les flots, c’est que:
- une équipe de costauds avait ramé ferme dans une autre barque pour permettre à Jésus de rattraper ses compagnons partis avant lui [6.1.7.2];
- au moment où la seconde barque arriva à la hauteur de la première, Jésus se tenait debout (il s’était logiquement levé puisqu’il s’apprêtait à changer d’embarcation);
- l’obscurité et la hauteur des vagues [6.1.7.3] cachaient la seconde barque aux yeux des occupants de la première, laissant à peine entrevoir Jésus debout. Cela s’appelle une Illusion d’optique (selon Marc 6:49 et Matthieu 14:26, les disciples crurent qu’ils avaient affaire à “un fantôme”). Et le fait que Pierre se soit mis à couler quand il voulut rejoindre le boss s’explique de lui-même.
Les hommes d’Église ne croient pas un instant à l’histoire de Jésus marchant sur les eaux. Et pourtant, ils laissent leurs paroissiens y croire. Cela s’appelle un mensonge par omission.
Les bouddhistes sont plus honnêtes. Ils appellent une légende une légende: “Une légende bouddhiste, bien antérieure à la naissance du Christ, raconte qu'un moine qui se rend chez son maître traverse une étendue d'eau en pensant au Bouddha. Lorsqu'au milieu de sa traversée il cesse d'y penser, il commence à couler; il réactive alors la pensée du Bouddha et parvient à l'autre rive” («http://www.ieschoua.org/matthieu%20V/marche_sur_eau.htm»).
Le dernier mot à Nhat Hanh, moine bouddhiste vietnamien né en 1926: “Le miracle n'est pas de marcher sur l'eau, il est de marcher sur la Terre verte dans le moment présent et d'apprécier la beauté et la paix qui sont disponibles maintenant” (La Paix en soi, la paix en marche, éditions Albin Michel, 2006).

........................... [6.1.7.1] On comprend mieux maintenant pourquoi Jésus avait donné le nom de Pierre à son disciple (qui se prénommait en réalité Simon) [6.1.7.1.1]: il le savait prédestiné, si ce n’est à couler à pic, du moins à s’enfoncer dans l’eau comme un vulgaire caillou.
.................................... [6.1.7.1.1] Cf. Marc 3:16, Luc 6:14 et Jean 1:42.

........................... [6.1.7.2] Ici, une question se pose: pourquoi les disciples étaient-ils partis avant Jésus? Marc 6:46 et Matthieu 14:23 expliquent que Jésus était allé sur la colline pour y prier à l’écart. Voyez comme le bon Dieu a bon dos! En réalité, Jésus s’était rendu sur les hauts de la ville pour y chercher l’inspiration auprès d’une égérie exerçant le plus vieux métier du monde [6.1.7.2.1]. C’est pour cette raison, d’ailleurs, qu’il était venu de ce côté-ci (à l’est) du lac; et c’est sans doute aussi pour cette raison que Luc a préféré ne pas souffler mot de cette histoire dans son Évangile.
Cela dit, une autre question vient se greffer sur la première: pourquoi Jésus a-t-il menti aux apôtres en leur faisant croire qu’il allait prier sur la colline? Comme bien on s’en doute, c’était avec une intention louable. On peut même dire que ce fut par pure bonté d’âme, de sorte qu’il est fortement exagéré d’accuser Jésus de mensonge dans cette affaire (ou alors, il faudrait parler d’un pieux mensonge). Car si le Maître préférait rester discret au sujet de certaines de ses fréquentations, il avait une excellente raison: éviter que l’apôtre Jean ne pique une de ces crises de jalousie dont il avait le secret, lui qui revendiquait le statut de “celui que Jésus aimait” (Jean 13:23, 20:2, 21:7 et 21:20). Or Jésus, c’est bien connu, aimait son prochain comme lui-même, sans distinction de sexe, de race ou de religion.
.................................... [6.1.7.2.1] C’est l’occasion de dire que Jésus, fils d’une vierge patentée, n’est certainement pas lui-même demeuré vierge jusqu’à sa mort, sinon les auteurs néo-testamentaires (Matthieu et Luc en tête) n’auraient pas manqué de le clamer sur les toits et le Vatican d’en faire un dogme.

........................... [6.1.7.3] Cf. Jean 6:17-18 : “Il faisait déjà nuit et Jésus ne les avait pas encore rejoints. Le vent soufflait avec violence et le lac était agité” (sans doute les esprits étaient-ils aussi agités que le lac). Matthieu 14:25 et Marc 6:48 situent l’épisode “à la [ou vers la] quatrième veille de la nuit”, c’est-à-dire après trois heures du matin.
Mais c’est probablement Jean 6:21 qui livre le fin mot de l’histoire: Jésus marchait non pas sur l’eau mais bien sur la rive (peut-être avait-il les pieds dans l’eau) puisqu’ “au même moment [c’est-à-dire au moment où ils crurent voir Jésus marcher sur l’eau], ils [les disciples dans leur barque] touchèrent terre à l'endroit où ils voulaient aller” (traduction Bible du Semeur). Jésus avait tout simplement loué une autre embarcation, plus rapide, pour traverser. Comme il était arrivé à destination avant ses compagnons, il entreprit de les attendre sur le rivage [6.1.7.3.1]. Et quand enfin il vit poindre leur barque, il se mit à marcher dans la direction où ils allaient débarquer.
.................................... [6.1.7.3.1] Comme il est écrit en Jean 21:4, dans un contexte à la fois comparable et non moins rocambolesque: “Déjà le jour commençait à se lever, et voici: Jésus se tenait debout sur le rivage” (traduction Bible du Semeur).

.................. [6.1.8] On trouve “des épisodes miraculeux de marche sur les eaux dans différentes religions, en particulier dans des textes bouddhistes, des légendes hindoues, la légende de Huang-Po, les légendes d’Orion, l’Énéide de Virgile et plusieurs mythes d’origine américaine” (tiré de «https://en.wikipedia.org/wiki/Walking_on_water», état au 28 mars 2013). Jésus semble donc n’avoir été ni le seul, ni le premier à avoir trouvé le truc.

[7] Il vaut la peine de reproduire ici le passage dans son entier, pour montrer à quel point un biographe peut être amené à caresser son commanditaire dans le sens du poil: “Dieu donna à Salomon la sagesse, une très grande intelligence et une étendue d’esprit aussi vaste que les plages de sable qui sont sur le bord de la mer. La sagesse de Salomon surpassait la sagesse de tous les Orientaux et toute la sagesse des Égyptiens. Il était plus sage qu’aucun homme, plus sage que (...)” (I Rois 4:29-31). En résumé, “la sagesse de Dieu était en lui pour le diriger” (I Rois 3:28). Mais Salomon, malgré toutes ses belles qualités, n’était pas immortel. Son biographe non plus. Aussi n’y a-t-il pas lieu de s’étonner si I Rois 12:1-4 et II Chroniques 10:1-4 rapportent qu’aussitôt Salomon passé de vie à trépas, le peuple se rassembla pour se plaindre de ce que le défunt les avait “chargés d’un joug pesant” et maintenus dans une “rude servitude” [7.1]. À l'image du Dieu adopté par les juifs et repris (moyennant quelques retouches) par les chrétiens et les musulmans, qui maintient les hommes dans la servitude en leur imposant son joug pesant...

......... [7.1] Toute analogie avec des poids lourds de l’histoire moderne ne ferait que confirmer le vieil adage: “il n’y a rien de nouveau sous le soleil” (Ecclésiaste, chapitre 1, verset 9).

[8] • “L'insensé dit en son coeur: «Il n'y a point de Dieu!»” (Psaumes 14:1 et 53:1 ou 53:2, selon la numérotation adoptée); • “Il n’y a pas de Dieu!... Voilà toute sa pensée” (Psaumes 10:4).

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09/06/2018

Une teigne

Fiction, projection, animisme, anthropomorphisme [1] - les hommes ont inventé les dieux (Xénophane l’affirmait déjà, cinq cents ans avant J.-C.).
Et Dieu? Est-ce Dieu qui a créé l’homme à son image (cf. Genèse 1:26-27, 5:2 et 9:6) ou l’homme qui a créé Dieu à son image?

L'homme est faible, faillible et commet des erreurs. On en déduit que Dieu, si l'on admet qu'il a conçu l'homme à son image, est lui-même faible, faillible et commet des erreurs.

À l’instar de l'homme qu'il a créé à sa ressemblance, Dieu est orgueilleux, égoïste, arrogant, menteur et tricheur.
Cherchez l'erreur.

[1] Anthropomorphisme: “Tendance à attribuer aux objets naturels, aux animaux et aux créations mythiques des caractères propres à l’homme” (Le Petit Larousse grand format, édition 2004).

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Le Seigneur se soucie autant des hommes [2] que les hommes se préoccupent du sort des macaques rhésus, des cochons d’Inde, des pucerons, des cancrelats ou de ces insectes diptères “aux formes trapues, aux antennes courtes, au vol bourdonnant et zigzaguant” (Le Petit Larousse illustré, éd. 1996) qu’ils appellent «mouches» et qu’ils écrasent sans merci ni manifester le moindre remords [3].

[2] “Jusques à quand, ô Éternel, m’oublieras-tu sans cesse?” (Psaumes 13:1 ou 13:2, selon la numérotation adoptée). Ésaïe 40:22 constate qu’“aux yeux de l’Éternel, les habitants de la terre sont comme des sauterelles”. Daniel 4:35 va plus loin: “Tous les habitants de la terre ne sont à ses yeux que néant”. Mais peut-être convient-il de ne pas attacher trop d’importance au témoignage de Daniel puisqu’il implique la néantise de son auteur [2.1] aux yeux du Créateur (bel exemple d’autogoal).

......... [2.1] En bonne syllogistique, cela donne:

Tous les habitants de la Terre ne sont que néant;
or Daniel est un habitant de la Terre;
donc Daniel n’est que néant.

Bien entendu, il est loisible de remplacer le nom de Daniel par celui de n’importe quel autre représentant de la faune terrestre: Abraham, Moïse, David, Ésaïe, Jérémie, Ézéchiel, Marie, Jésus, Pierre, Jacques, Jean, Paul, Jean-Paul I et II, Benoît I à XVI, François, Mohammed, Ali, Marguerite, etc.

[3| Sachant que Dieu ne répugne pas à proposer en parabole un moucheron (Le Coran II:26; certains traducteurs ont opté pour moustique plutôt que pour moucheron) et que Jésus n’a pas hésité à reprocher aux pharisiens d’être plus tolérants avec les chameaux qu’avec les moucherons (lire Matthieu 23:24), l’intérêt manifesté ici pour le sort des mouches est peut-être moins prosaïque qu’il n’y paraît. D’ailleurs mouches, moucherons, moustiques, pucerons, araignées, sauterelles, coccinelles, mantes (religieuses ou non) ou rats d’égout – ne sont-ce pas là autant de créatures du bon Dieu? [3.1] Sans compter que le “bon” Dieu en question n’a pas hésité teigne.jpgà se comparer lui-même à “une teigne” vis-à-vis d’Israël (Osée 5:12; dans la traduction de la version synodale, huitième revision, Lausanne 1956, on trouve “un ver rongeur” à la place de “une teigne”) et à une “carie” vis-à-vis de Juda (ibid.; dans la traduction proposée sur «http://www.levangile.com/Bible-Annotee-Osee-5.htm», on peut lire “vermoulure” à la place de “carie”).
Si les hommes avaient un tant soit peu d’égards envers les mouches et autres insectes, ils renonceraient à rouler en automobile (il suffit d’observer, par temps beau et chaud, la surface d’un pare-brise ou d’un capot après quelques heures de conduite pour mesurer le peu de cas qu’ils font de ces malheureuses bestioles) [3.2]. Cela étant, il faut reconnaître que les teignes sont nuisibles, d’où la nécessité de les combattre.
Jésus a dit: «(...) vous aussi, cherchez le trésor qui ne périt pas, qui demeure dans l’endroit où la mite ne peut le manger, ni le ver ne peut le détruire»” (Évangile extra-canonique de Thomas, logion 76).

......... [3.1] S’adressant à ceux qui croient à un ou à plusieurs dieux autres que Dieu, le Prophète leur assène: Ceux [les dieux] que vous invoquez en dehors de Dieu ne sauraient même pas créer une mouche, quand même ils s'uniraient pour cela (Le Coran XXII:73).

......... [3.2] Mardi 15 avril 2014, la commission des Lois de l'Assemblée nationale française a reconnu aux animaux la qualité d’“êtres vivants doués de sensibilité". On n’a observé aucune modification du comportement des automobilistes français depuis lors. De même, la SNCF continue à faire circuler ses trains et nombre de Français à les emprunter. Les êtres humains seraient-ils privés de sensibilité? Créés par Dieu à l'image de Dieu, ils ont nécessairement la même sensibilité (ou la même insensibilité) que leur créateur. Foi de créationniste...

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08/06/2018

Élucubrations

On aimerait comprendre mais on ne comprend pas. On cherche des explications, des solutions, mais on n’en trouve pas. Alors que fait-on, du profond de son ignorance, pour ne pas se sentir trop perdu, trop seul, trop abandonné? On imagine, on échafaude et, faute de trouver l’origine, la cause, le pourquoi, le comment, on s’invente des réponses [1], si possible rassurantes. Le plus simple, le plus pratique, c’est de se représenter un personnage fabuleux grâce à l’existence duquel tout s’éclaire, tout devient possible; de concevoir un être supérieur, une puissance surnaturelle qui permette de tout comprendre et de tout expliquer [2], y compris (et surtout) l’inexplicable. Un tel cadre élaboré, il n’y a plus qu’à faire référence à cette puissance supérieure, à cet être fantastique, à ce monstre sacré pour que, ô miracle, tous les mystères - ceux du ciel comme ceux de la terre - soient résolus. Et c’est là, précisément, que la Bible intervient. Dès le premier verset, elle nous révèle la clé de tous les mystères: “Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre” (Genèse 1:1). En adoptant cette clé (commune au judaïsme, au christianisme et à l’islam), celui qui cherche, qui essaye de comprendre, a tôt fait de se rendre à une évidence: toutes les questions qu’il se pose ont la même réponse: Dieu.

Ah la belle astuce, le beau leurre! Qui ne voit qu’on ne fait que repousser le problème?

Exemple.
• Première question:
- qui a créé le ciel et la terre?
Réponse (invention du niveau 1):
- Dieu a créé le ciel et la terre.
• Deuxième question:
- qui a créé Dieu? [3]
Réponse (autre invention, cette fois du niveau 2):
- un autre Dieu, de niveau supérieur à Dieu.
• Troisième question:
- qui a créé l’autre Dieu, de niveau supérieur à Dieu?
Réponse (autre fiction, cette fois du niveau 3):
- encore un autre Dieu, de niveau supérieur à celui qui a créé Dieu.

On vous le disait, tout s’explique! Il suffit d’un peu d’imagination. Une remarque s’impose, toutefois: dans le fond, ce Dieu qui a créé les cieux et la terre, ce n’est qu’un tout petit Dieu de rien du tout (un sous-fifre d’opérette, en quelque sorte), puisqu’il est du niveau le plus inférieur. Ça, on nous l’avait caché... Et si - tragique méprise - nous n’adorions pas le bon? Si ce Dieu - présumé éternel, immuable, omnipotent, omniscient, omniprésent, toute sagesse, toute justice et tout amour - n’était en réalité qu’une grenouille qui voudrait se faire aussi grosse qu’un boeuf? Ou une vessie qu’on voudrait nous faire prendre pour une lanterne?

Qui lui a remis le gouvernement de la terre? Qui lui a confié l’univers?” (Job 34:13), demandait Élihu. Si l’on prend la liberté de remplacer “lui” par “à Dieu” plutôt que par “à l’homme”, on reconnaîtra à Élihu le mérite d’avoir (involontairement) posé les bonnes questions. Un autre qui a soulevé le problème, c’est celui qui a rédigé les chapitres 40 à 66 du livre d’Ésaïe: “Qui a configuré l’esprit de l’Éternel? Qui l’a éclairé de ses conseils? [4] Qui l’a instruit? Qui lui a enseigné la sagesse et fait connaître le chemin de l’intelligence?” (Ésaïe 40:13-14). Oui, qui? Qui?

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Le Carré de Flatland (Edwin A. Abbott, Flatland, une aventure à plusieurs dimensions, Denoël, Présence du futur/110, Paris 1998) ne connaît que la longueur et la largeur. Être bidimensionnel se mouvant sur un plan, il vénère la Sphère de Spaceland, qui est pourvue d’une hauteur et se meut dans un espace à trois dimensions. Cela n’empêche pas le Carré de faire remarquer à la Sphère, avec beaucoup de lucidité et de sagesse (page 159):
“Si vous, qui combinez plusieurs Cercles en Un, vous êtes supérieur à toutes les formes de Flatland, il est certain que trône au-dessus de vous Quelqu’un qui combine plusieurs Sphères en Une Existence Suprême et surpasse jusqu’aux Solides de Spaceland”.

flatland.png


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Quand surgit une question difficile, du genre “qui a créé le ciel et la terre?”, est-il préférable de lui donner une réponse illusoire ou de la laisser (provisoirement) sans réponse? En d’autres termes: un mensonge plein vaut-il mieux qu’une vérité vide? En d’autres autres termes: un ensemble de contrevérités peut-il combler le vide d’une connaissance qui se dérobe?
“On ne s’égare point parce qu’on ne sait pas, mais parce qu’on croit savoir” (Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l’éducation).

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Axiome: Dieu est incréé [5].
S’il est incréé, c’est donc que Dieu est une non-créature, un non-être. Conséquence logique: il n’existe pas.
Mais non, vous n’y êtes pas. Dieu est une donnée de base, transcendante: il a toujours existé et il existera toujours, sans avoir eu besoin d’être créé ou engendré par qui ou par quoi que ce soit. Incréé, inengendré, Dieu a décidé un beau jour de créer l’homme pour se sentir moins seul et pour faire joujou avec lui [6]. Il l’a créé et l’a doté, à son image, de la faculté de raisonner logiquement. Une faculté qui conduit inexorablement l’homme, lorsqu’il l’utilise, à douter de l’existence (pour ne pas dire: à conclure à l’inexistence) du Dieu d’Abraham, de Moïse, de Jésus, de Paul, de Mahomet, de Joseph Smith et de Philippulus [7], pour ne citer que quelques zélateurs attitrés. Qu’est-ce que cela signifie? Est-ce que Dieu cacherait quelque chose d’essentiel à ses créatures? “Les choses cachées appartiennent à l'Éternel, notre Dieu”, concède le dernier verset de Deutéronome 29. “La gloire de Dieu, c'est de cacher les choses”, renchérit Proverbes 25:2. De son côté, parlant de “la sagesse de Dieu” (I Corinthiens 2:7), Paul la qualifie de “mystérieuse et cachée” (ibid.). À ce sujet, l’Ingénu de Voltaire déclare: “C’est une absurdité, c’est un outrage au genre humain; c’est un attentat contre l’Être infini et suprême de dire: Il y a une vérité essentielle à l’homme, et Dieu l’a cachée”. Conclusion: l’Être infini et suprême c’est une chose, Dieu c’en est une autre. Dieu n’est pas celui que l’on croit. Dieu n’est pas Dieu.

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Axiome de rechange: Dieu s’est créé lui-même. Dans ce cas, il manque à l’homme une case pour comprendre. Et s’il lui manque une case, cela signifie qu’on lui a menti lorsqu’on lui a affirmé que Dieu, qui est parfait, avait créé l’homme à sa ressemblance. Ou alors, si on ne lui a pas menti sur ce point, c’est qu’il manque aussi une case à Dieu et que, par conséquent, celui-ci n’est pas parfait. Dans ce cas, l’homme a été trompé lorsqu’on lui a affirmé que Dieu était omnipotent, omniscient et omniprésent. Ventripotent peut-être, mais pas omnipotent.
Quant à ces quatre lettres: «omni», qu’on les garde pour désigner un “objet mathématique non identifié”. Aborder le concept «Dieu» sous l’angle «omni» s’avérerait sans doute plus fécond qu’éplucher les Écritures.

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[1]
“L’imaginaire naquit un jour de l’ignorance et engendra des contes merveilleux, voire surréalistes...” (Pierre Mestdagh, «http://evangilethomas-pmestdagh.be/index.htm», sous le titre marginal Jésus et la Bible et le sous-titre Jésus et son enseignement; nota bene: citation hors contexte).
Un peu plus loin (même auteur, même titre marginal, sous-titre L’ancien et le nouveau):
“En s’attachant à des vérités imaginaires l’homme s’est enivré, a perturbé sa conscience et s’est paré d’un savoir illusoire”.
Plus loin encore (sous-titre Considérations finales):
“Une grande majorité parmi les êtres humains sera toujours bien plus sensible à des rêves illusoires ou des contes merveilleux qu’à un réel enseignement existentiel, qui confronte chaque conscience personnelle à sa réalité intérieure”.

[2] Tu es, en vérité, le grand connaisseur de tout ce qui est inconnu (Le Coran V:116 in fine; parole adressée par Jésus à Dieu).

[3] Sachant qu’ “on ne lui connaît ni père, ni mère, ni généalogie, ni commencement de jours, ni fin de vie” (Hébreux 7:3, à propos du prêtre Melchisédek).

[4] Repris par Paul en Romains 11:34 et I Corinthiens 2:16.

[5] Extraits du Quicumque, aussi appelé Symbole d'Athanase ou Credo d’Athanase (ce texte en latin, d’auteur incertain, aurait été composé au début du VIe siècle en Gaule méridionale):
“Incréé est le Père, incréé le Fils, incréé le Saint-Esprit; infini est le Père, infini le Fils, infini le Saint-Esprit; éternel est le Père, éternel le Fils, éternel le Saint-Esprit; (...) tout-puissant est le Père, tout-puissant le Fils, tout-puissant le Saint-Esprit” (début du troisième paragraphe);
“Le Père n'a été fait par personne et il n'est ni créé ni engendré” (début du quatrième paragraphe) [5.1].

........... [5.1] Comparer avec Le Coran CXII:3 : Il (Dieu) n’a pas été engendré (autre traduction: Il n’est pas enfanté).

[6] “Tout a été créé par lui [le Dieu invisible] et pour lui” (Colossiens 1:16 in fine). On se permet d’insister sur la préposition “pour”. Car non seulement Dieu a créé l’homme mais il en a expliqué le pourquoi: Je n'ai créé les djinns [6.1] et les hommes que pour qu'ils M'adorent (Le Coran LI:56). S’agissant des récalcitrants, il leur promet: Ceux qui, par orgueil, refusent de M'adorer entreront bientòt, humiliés, dans l'Enfer (Le Coran XL:60). Quant à la Bible, elle contient notamment cette injonction: “Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu”.
Autres citations en rapport:
• Dans Matthieu 4:10, Jésus - s’inspirant de Deutéronome 6:13 - réplique à Satan en ces termes: “Il est écrit: Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul”;
• Dans Jean 4:23, ce même Jésus loue “les vrais adorateurs”, “les adorateurs que le Père demande”;
Je suis votre Seigneur! Adorez-moi donc! (Le Coran XXI:92; c’est Dieu qui parle [6.2]);
Ton Seigneur t’ordonne de n’adorer que Lui (Le Coran XVII:23 in initio, traduction Tawhid);
Adore-moi donc! (Le Coran XX:14; l’injonction émane de Dieu et s’adresse à Moïse).
Adorez Dieu! (Le Coran IV:36, V:72, V:117, VII:59, XVI:36, XXIII:23, XXVII:45, XXIX:16, LXXI:3; dans le même sens: Le Coran II:21, III:51, X:3, XV:99, XIX:36, XXXIX:2, LIII:62).

........... [6.1] Djinn: “[Dans le Coran et les légendes musulmanes] Être intelligent, généralement malfaisant, créé de feu, entre l'homme et l'ange, qui peut apparaître sous différentes formes (d'apr. Encyclop. de l'Islam, Paris, A. Picard, t. 1, 1908, p. 1076)” (source: «http://www.cnrtl.fr/definition/djinn»).

........... [6.2] Ce Dieu qui n’aspire qu’à être admiré, adulé; ce Dieu qui implore ou ordonne: Adorez-moi”; ce Dieu incapable de se suffire à lui-même - comme il est pathétique! comme il est pitoyable!

[7] Philippulus: personnage de L’Étoile mystérieuse, dixième album de la série des aventures de Tintin), éd. Casterman 1974; auteur: Hergé, pseudonyme de Georges Rémi. À la page 20, on apprend que Philippulus “est un fou qui s’est échappé de l’asile”.

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